Le blog de Dawn Girl

13 novembre 2022

Chantier

Quand je regarde dans le rétroviseur, je me rends compte que le gros chantier d'introspection que j'ai entrepris est le résultat d'une série d'événements qui se sont enchaînés naturellement : la naissance d'Alice, mon diagnostic d'autisme, ma consultation chez l'hypnothérapeute, la psychologue pour les colères d'Alice, l'EMDR... et toujours l'écriture bien sûr, ici et ailleurs (je raconte notamment ma vie sur Instagram également, ce qui explique peut-être que je suis moins active ici). L'écriture m'a sauvé la vie, je l'ai déjà dit à de nombreuses reprises. Ma grande facilité pour écrire est incontestablement LA force dont je dispose, je dirais même mon arme la plus redoutable. J'ai toujours écrit et je crois que je continuerai à écrire toute ma vie.

Il y a une vingtaine d'années, j'avais commencé à écrire des textes sur mon enfance et sur mes souvenirs (avant d'abandonner très vite). A l'époque j'étais à mille lieues de parler de maltraitances ; je n'avais même pas conscience que j'avais été maltraitée. Le cheminement s'est fait progressivement ; plus j'avance et plus j'arrive à mettre des mots sur tout ce que j'ai vécu. Plus le temps passe et plus ma route s'éclaire.

Une amie, ancienne blogueuse, a écrit un texte de plus de 500 pages dans lequel elle parle des maltraitances de son père. Elle m'a fait l'honneur de me donner son texte à lire, et même si je connaissais déjà son histoire, j'ai encore une fois halluciné devant le nombre de situations dans lesquelles je me suis reconnue. Bien que nous soyons issues de milieux sociaux complètement différents et bien que nos maltraitances respectives ne soient pas les mêmes, son histoire est clairement le miroir de la mienne. Son texte a été l'élément déclencheur pour me pousser à me bouger les fesses et à me replonger dans mes propres souvenirs, y compris les pires. J'ai repris mes documents Word en jachère, j'ai fait des captures d'écran de mon blog et j'ai laissé mes doigts courir sur le clavier. Je suis impressionnée de constater que quand je suis vraiment dedans, des souvenirs que j'avais oubliés me reviennent en mémoire ; des évidences s'imposent à moi comme si je comprenais maintenant des situations vieilles de vingt ou trente ans.

Je suis loin d'avoir fini. Certains souvenirs sont vraiment très très douloureux et je n'ai aucune envie de les coucher sur papier. Déjà, le fait de me rendre compte que je n'ai pas eu un mais des bourreaux (mon père, ma mère, une de mes cousines, ma tante, ma grand-mère, l'ex-compagne de mon père...), ça fait très mal. Pour autant, je sais que je dois aller jusqu'au bout de cette démarche, pour moi, pour me délester de ces bagages que je porte depuis trop longtemps. Et je le fais pour Alice aussi bien sûr.

Je ne sais pas ce que je vais en faire après. J'ai pensé à en faire une BD avec l'aide d'un illustrateur, mais je ne suis pas sûre que tout soit retranscriptible sur un tel support. Je ne suis même pas sûre de pouvoir faire lire tout le texte à quelqu'un (il y a certains sujets que j'aborde dont j'ai vraiment honte, alors que je n'y suis pour rien mais bon bref c'est comme ça). Je sais qu'on est très nombreux à avoir subi un alcoolisme parental et de la maltraitance physique et psychologique (même si moi j'ai quand même un sacré combo car il faut y ajouter l'autisme et le harcèlement scolaire), mais est ce qu'un récit aussi difficile pourra aider les autres sous sa forme brute ? Car mon objectif c'est ça : que les enfants maltraités ne souffrent pas de ce sentiment horrible de solitude extrême que j'ai ressenti tout au long de mon enfance, de mon adolescence et du début de ma vie d'adulte. Qu'ils prennent conscience que non, ce n'est pas normal d'avoir la boule au ventre quand notre père téléphone à la maison et qu'ils aient les armes pour dire stop avant qu'il ne soit trop tard.

 En tout cas, Alice pourra lire mon texte quand elle sera adulte, si elle le souhaite bien sûr. S'il doit rester au fond d'un tiroir, il sera pour elle.

 

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09 octobre 2022

Première séance EMDR

Lundi dernier avait lieu ma première séance d'EMDR. Le hasard a voulu que je choisisse une praticienne qui exerce à quelques centaines de mètres de chez mes grands-parents, dans un quartier où j'ai traîné mes guêtres durant mes années collège et où plusieurs de mes copines vivaient. Je me suis donc pris un petit coup de nostalgie au passage :-)

Dès que je suis entrée dans le cabinet, j'ai repéré direct le paquet de mouchoirs posé près du fauteuil (exactement comme la première fois où j'ai emmené Alice chez une psychologue en 2019). J'ai expliqué à la thérapeute que je venais la voir pour des peurs qui m'empoisonnent la vie : émétophobie depuis l'enfance, angoisse du jugement des autres quand je vais chercher Alice à l'école, et surtout peur de la mort en arborescence (peur de l'avion, peur de la noyade, hypocondrie...)

Bien évidemment, dès qu'il a été question de mon enfance et de mes parents, je me suis mise à pleurer, ce qui est plutôt bon signe car quand je pleure devant un médecin, psy, thérapeute ou autre c'est que je me sens en confiance.

"on touche le coeur du problème" m'a dit la psy.

Je lui a i expliqué mon autisme, l'alcoolisme de ma mère, les manipulations et les mensonges de mon père ; les institutrices maltraitantes à l'école maternelle etc. Elle m'a mise sous hypnose quelques instants pour que je visualise d'une part une violence de ma mère, et d'autre part mon école. Pour elle je n'ai pas de traumatisme à proprement parler, mais plutôt une série d'événements qui se sont agglomérés pour me créer un sentiment permanent d'insécurité. Ce qui n'est pas étonnant vu les parents que j'ai eus...

Par contre, contrairement à ce que je pensais, le TCA dont je souffre n'est pas une hyperphagie : elle m'a expliqué que dans une hyperphagie on mange 3 kilos de pâtes ou 6 tablettes de chocolat ; je n'en suis pas à ce stade-là (bon j'ai quand même un souci avec la nourriture mais pas au point de me rendre malade).

Durant la seconde partie de la séance on a fait une dizaine de sessions de mouvements oculaires ; je suis ressortie de la séance plus calme, mais profondément fatiguée et déprimée. Le fait d'avoir remué des choses sans doute. La prochaine séance aura lieu mi-novembre, puis ensuite en décembre et en janvier. Je ne manquerai pas de vous dire si cela m'a aidée :-)

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05 septembre 2022

Noyée par la peur

Quand j'étais en CP, mon école m'a fait découvrir un endroit qui m'était alors totalement étranger : la piscine. A l'époque je n'avais jamais mis les pieds dans une piscine, je crois même que j'ignorais ce qu'était une piscine. J'ai appris bien plus tard que ma mère ne savait pas nager et avait la phobie de l'eau ; rien d'étonnant donc à ce qu'elle ne m'ait jamais emmenée là-bas. Vêtue d'un maillot à rayures roses et noires et d'un bonnet de bain vert pomme, j'ai découvert un nouveau terrain de jeux, ou plutôt devrais-je dire un nouveau terrain de terreur.

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Car le moins que l'on puisse dire, c'est que ce lieu m'a immédiatement inspiré de la peur. Et pas une gentille petite peur de bébé. Non, une peur gigantesque, une peur bien trop grande pour moi. Cette eau anormalement bleue, ce n'était pas naturel. Le chlore m'agressait la gorge et les yeux. Les voix des maîtres-nageurs résonnaient trop fort, se répercutaient sur les murs comme des balles de fusil et faisaient accélérer mon cœur. Je sentais que je n'étais pas à ma place là-dedans. Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais des nœuds au ventre, mes jambes tremblaient et je n'avais qu'une seule envie : partir en courant.

« J'ai peur », ai-je déclaré à une camarade de classe blonde assise devant moi. « Pourquoi ? » m'a-t-elle demandé. Je n'ai jamais répondu à sa question. Je ne savais pas pourquoi j'avais peur, c'était complètement irrationnel. Je savais juste que j'étais terrorisée.

Il y a trente ans, on ne jetait plus les enfants à l'eau pour les repêcher avec une perche et ainsi les obliger à flotter tous seuls. Pour autant, la bienveillance n'était pas de mise. J'aurais voulu que ce soit ma maîtresse qui s'occupe de nous, mais elle a préféré gérer les enfants qui savaient déjà nager (soit quasiment l'intégralité de la classe ; j'avais d'ailleurs honte d'être l'une des seules à ne pas savoir nager et à avoir peur). Nous autres non-nageurs, nous avons eu droit à un maître-nageur avec un prénom italien, des petites lunettes rondes et une grosse voix. Pas de pédagogie, pas d'accompagnement. Je n'ai pas su nager avec lui, j'ai juste su avoir la trouille d'avoir de l'eau dans le nez et dans les poumons et de mourir. Un jour, j'étais tellement stressée que j'en ai vomi. Une fille de CE1 est restée à côté de moi (elle n'était pas émétophobe, elle ^^), mais mon institutrice n'a jamais rien su de l'incident. Je fermais ma gueule ; je me faisais violence et j'allais dans l'eau même si j'avais envie de hurler. Et quand on quittait la piscine avec nos cheveux mouillés qui sentaient le chlore, j'étais soulagée de ne pas être morte.

Car je croyais réellement que j'allais mourir. Je me revois en train de me regarder dans le grand miroir du couloir chez moi, d'observer ces fossettes en haut de mes joues (vestiges de l'enfance aujourd'hui envolés), et de me dire que j'allais mourir. J'imaginais ma mère venir me chercher le soir à l'école, et qu'on lui annonçait que j'étais morte noyée à la piscine. Un jour j'ai verbalisé cette pensée ; on avait piscine le lendemain et j'ai déclaré : «Peut-être que demain je vais mourir ». Ma grand-mère a été la seule à réagir ; elle a répété à ma mère : « Elle dit qu'elle va peut-être mourir ». Et ça a été tout. On ne m'a pas demandé pourquoi je disais des choses pareilles. Avec le recul c'est hallucinant. Une petite fille de 8 ans qui dit qu'elle va peut-être mourir, ce n'est pas normal. C'est même franchement alarmant. Mais non, rien. On a laissé couler (ah ah). J'imagine que ma mère devait déjà être trop tournée vers son propre nombril pour se demander pourquoi sa fille pensait à la mort tandis que les autres enfants pensaient juste à boire du Banga.

Le calvaire a duré trois années. En CE1 j'ai eu des verrues plantaires, ce qui m'a dispensée de piscine pendant des semaines entières (je vous laisse imaginer le soulagement...). En CE2 une mère d'élève s'est occupée presque exclusivement de moi à chaque séance. Bon elle ne m'a pas appris à nager et j'avais toujours aussi peur, mais au moins j'ai réussi à parcourir la longueur du petit bassin en m'accrochant au bord sans hurler de panique. J'ai également réussi à passer sous une ligne d'eau en me bouchant le nez. Mon instit avait beau être une vieille fille qui ressemblait à une sorcière, pour la piscine elle était davantage bienveillante que sa collègue de CP-CE1.

J'ai fini par réussir à nager à l'âge de 10 ans, dans la mer et en prenant les brassards de mon cousin (qui avait 3 ans...). Une fois ce blocage passé, j'ai pu retourner à la piscine. J'ai consenti à m'éloigner du bord et à nager sur une largeur en étant accompagnée de ma cousine, mais j'ai eu beaucoup de mal au début.

J'ai souvent nagé très loin dans la mer, parfois même jusqu'aux bouées. Pour autant, je ne sais nager que la brasse (et encore, je pense que je me fatigue à cause de mauvais mouvements). Aujourd'hui encore, je suis incapable de mettre la tête sous l'eau. Je suis incapable de sauter dans l'eau et encore moins de plonger. Au lycée, je me suis retrouvée paralysée parce qu'il fallait sauter dans le grand bassin. Blocage complet. TOUS les autres élèves l'ont fait sauf moi. Quand j'ai dit à mon prof de sport que j'avais peur, il a haussé les épaules l'air de dire « bah tant pis ». Ensuite ils ont annoncé qu'on allait devoir aller chercher un mannequin au fond de l'eau pour l'épreuve du bac, et là, la même panique qu'en CP est revenue m'envahir. Je ne pouvais pas. C'était tout simplement impossible qu'ils me demandent une chose pareille. Je me suis tétanisée sur le bord du bassin, redevenant la petite fille au maillot à rayures roses et noires et au bonnet de bain vert pomme.

A mon grand soulagement, ils ont finalement laissé tomber le mannequin et nous ont demandé d'aller chercher un camarade de classe au milieu du grand bain et de le ramener au bord en mode sauvetage. Je l'ai fait sans problème, mais une fois sortie de l'eau j'avais tellement hyperventilé que j'ai fait un malaise.

Une fois remise de mes émotions, j'ai vu une classe de primaire qui passait dans les douches à quelques mètres de moi. Il y avait deux institutrices dont l'une ressemblait énormément à ma maîtresse de CP-CE1. Je me suis demandée si c'était elle. J'ai demandé à l'une des petites filles comment s'appelait sa maîtresse, mais avec le bruit je n'ai pas entendu sa réponse. Je ne saurai jamais si c'était elle ou non.

Aujourd'hui encore, il m'arrive d'avoir des pensées intrusives de noyade. Je suis complètement traumatisée par l'eau. J'aimerais bien réussir à plonger, mais je ne veux pas mourir. Après cinquante ans à dire « je sais nager », ma mère a fini par reconnaître qu'elle n'a jamais su nager de sa vie. J'ai trouvé ça complètement débile qu'elle prétende le contraire pendant tant d'années. Son orgueil ne m'a pas aidée. Je pense qu'inconsciemment, elle m'a refilé son aquaphobie. Elle ne l'a pas fait exprès, évidemment. Peut-être a-t-elle eu des paroles malheureuses qui m'ont marquée au fer rouge quand j'étais petite. Ou pas. Je n'en sais rien. En tout état de cause elle n'aurait pas dû mentir, ça ne sert à rien.

Ce qui m'ennuie à présent, c'est qu'Alice est également aquaphobe. Pourtant elle n'a jamais mis les pieds dans une piscine, et B. et moi ne lui avons jamais dit que petits nous avions peur de l'eau, mais c'est ainsi : elle refuse d'y aller. Elle est terrifiée. Et je suis en colère parce que je ne sais pas pourquoi, ou plutôt j'ai peur d'être à l'origine de cette peur irrationnelle alors que je voulais exactement le contraire pour elle. Je ne voulais pas qu'elle soit comme moi. Quand les choses se déroulent exactement à l'inverse de ce qu'on voulait, ça met dans une rage folle. Une rage contre soi, contre la vie, contre le putain de schéma qui se répète inlassablement de génération en génération. Contre la fatalité.

Quand Alice était bébé, j'avais pensé à l'inscrire aux bébés nageurs. Mais à cause de mon connard de patron de merde qui nous faisait bosser le mercredi et le samedi toute la journée, je n'étais jamais disponible pour l'emmener à la piscine. Adieu les bébés nageurs. Pas de piscine gonflable non plus pour la familiariser avec l'eau, puisque nous vivons en appartement. L'année dernière je l'ai emmenée dans une pataugeoire ; au plus profond elle avait de l'eau jusqu'aux genoux ; ses brassards ne lui ont servi à rien. J'ai essayé de la faire asseoir au bord mais elle a refusé. J'ai laissé tomber car je ne voulais pas la forcer.

Les signaux d'alerte se sont déclenchés début juillet, quand la directrice de son école nous a envoyé un message comme quoi tous les élèves de primaire iraient à la piscine dès le 12 septembre prochain. Alice entre en CP à la rentrée... Elle fera donc partie de la charrette partant bientôt pour l'échafaud la piscine.

Il y avait une piscine sur notre lieu de vacances cet été. Je me suis dit que ce serait l'occasion idéale pour la préparer aux cours de natation. Malheureusement cela a été un fiasco total. B. et moi avons tout essayé : la douceur, la fermeté, la négociation... La première fois Alice a carrément fait une colère et nous a mis la honte devant les autres utilisateurs. J'ai cherché sur internet des astuces pour aider les enfants aquaphobes, mais Alice refuse d'entrer dans l'eau donc impossible de mettre le moindre conseil en pratique. J'ai cherché s'il y avait des cours contre l'aquaphobie près de notre location puis près de notre domicile ; j'ai même pensé à l'emmener une fois pour qu'elle voie l'endroit et tenter au moins de la faire entrer dans le bassin ludique. Puis j'ai fini par capituler. J'ai déjà dépensé beaucoup trop d'énergie pour une cause perdue d'avance, et le délai est trop court de toute façon (le 12 septembre c'est quasi demain). Par ailleurs, je n'ai clairement pas les compétences pour apprendre à Alice à être à l'aise dans l'eau. En soi je m'en fous qu'elle ne sache pas nager ; il y a des gens qui sont à l'aise dans l'eau, d'autres dans les airs ; c'est comme ça et il faut de tout pour faire un monde et blablabla. Ça ok, je suis d'accord. Le problème, c'est l'école. Je ne veux pas qu'elle se retrouve comme moi, terrorisée à vomir au bord du bassin sans que personne ne lui vienne en aide. Je ne veux pas qu'elle ait la boule au ventre chaque lundi matin. Je ne veux pas qu'elle ait peur de mourir à 6 ans et demi. Je ne veux pas que tous les autres sachent nager sauf elle. Je ne veux pas qu'elle soit la cible de moqueries. C'est pour cela que j'ai essayé... et que j'ai malheureusement échoué.

Pour parachever ce tableau de merde, le mois dernier une petite fille de 4 ans s'est noyée dans une piscine à une centaine de kilomètres de chez moi. Elle portait des brassards... Ses parents l'avaient confiée à un centre de loisirs, et ils l'ont récupérée entre quatre planches. Alors je sais que c'est rarissime, je sais qu'on ignore pour l'instant ce qu'il s'est passé, mais preuve en est que ça peut arriver. Moi je ne suis peut-être pas morte en 1992, mais une petite fille est morte en 2022. C'est un fait.

Ce matin j'ai décidé d'emmener Alice devant la piscine où j'allais avec l'école. Je lui ai montré la porte latérale par laquelle je passais avec ma classe. Je lui ai montré la vitrine du restaurant qui existait déjà à l'époque (par contre ils ont enlevé la sirène blonde qui portait un plateau, ce que je trouve fort dommage). Je lui ai montré le grand bassin avec ses lignes de séparation rouges et blanches. Je lui ai montré les immenses vestiaires sur le côté qui m'impressionnaient tellement. Je lui ai décrit l'affiche avec le poisson « il faut réfléchir avant d'agir » qui était placardée quelque part dans ce vaste dédale de carrelage imbibé de chlore. Je lui ai tout expliqué. Je lui ai dit que j'avais peur à l'époque, probablement parce que ma mère m'avait transmis sa propre phobie, et qu'aujourd'hui je lui avais transmis ma phobie à mon tour. Que j'étais désolée car je ne voulais pas qu'elle hérite de ce fardeau. Que j'étais sûre qu'elle était capable de surmonter ça. Que si une fois à la piscine elle avait peur, elle devait impérativement le dire à quelqu'un. Que cela allait bien se passer. J'ignore si j'ai bien fait de lui partager tout cela, mais de toute façon vu le rejet complet qu'elle fait déjà, je me suis dit que ça ne pouvait pas être pire.

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Elle m'a répondu : « Si papa et toi vous m'avez transmis votre peur, je vous pardonne ».

Ce soir j'en pleure en écrivant ce post tellement j'ai la trouille. Bien sûr je vais écrire un mot à sa maîtresse pour la prévenir qu'Alice est aquaphobe, mais qui me dit que la piscine en aura quelque chose à foutre ? Ils n'en avaient rien à branler il y a trente ans, est ce que les choses ont vraiment changé aujourd'hui ?

Voilà désolée si cet article est (une nouvelle fois) décousu et très mal écrit mais je l'ai rédigé comme les mots me venaient, c'est à dire en vrac depuis mon cerveau d'ex-petite fille aquaphobe qui est furieuse (mais contre qui ??) que sa fille soit aquaphobe elle aussi.

PS : à la fin des vacances, alors que cette histoire de piscine me bouffait le cerveau, une ancienne collègue de boulot a posté une story instagram de ses deux aînés en train de marcher sur les mains, de faire des saltos sur la plage et de plonger en arrière dans la piscine. C'est complètement con mais pendant 5 minutes je l'ai haïe et j'ai haï ses enfants de me remuer ainsi le couteau dans la plaie avec leurs corps dégourdis que ma famille et moi n'aurons jamais (oui j'en suis là... allez-y jugez-moi).

PS 2 : cet après-midi j'ai ENFIN pris rendez-vous avec une thérapeute qui fait de l'EDMR. Il est évident que ma peur de la mort est liée à un SPT et loin de se calmer, mon anxiété ne cesse de s'aggraver en vieillissant. Si je la laisse me bouffer, je vais finir par me foutre en l'air. Il est donc grand temps de faire quelque chose, même si aller chercher la cause profonde de mon SPT me terrorise. La séance n'aura lieu que début octobre donc je vous fais bientôt un article sur le sujet.

PS 3 : à une rue de la piscine se trouve le dojo de Rennes où j'allais faire du judo, et là par contre je m'éclatais. C'est incroyable comme ces deux lieux, si proches géographiquement, me procurent des sentiments aussi différents...

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31 juillet 2022

Une page s'est tournée...

Dans deux articles précédents (19 décembre et 13 février), je vous ai raconté mon expérience professionnelle au sein d'une association. Par moments je m'ennuyais comme un rat mort car le directeur (parti depuis), était contre l'embauche d'une personne à l'accueil et ne m'a donc rien donné à faire. Ce même directeur était une personnalité pathologique qui faisait subir du harcèlement moral à plusieurs salariés, tout en claironnant partout qu'il était victime d'un complot. Le jour où il y a eu un CDI à pourvoir, je me suis positionnée dessus mais clairement je n'avais aucune chance de l'emporter : l'entretien a tourné au règlement de comptes et en victimisation du directeur. Je n'ai pas eu le poste.

Cependant, tout n'a pas été négatif durant ces 6 mois. Il y a même eu deux choses très positives : la première, c'est que le fait de rencontrer des malades et des familles de malades a été très enrichissant humainement. Ce n'était pas toujours facile mais j'ai vraiment gardé un bon souvenir de tout cela. La deuxième chose positive, ce sont évidemment mes collègues. Je souhaite sincèrement à tout le monde d'avoir un jour des collègues comme ceux que j'ai eus là-bas. Je ne trouve même pas de mot assez fort pour décrire la gentillesse et la bienveillance avec laquelle ils m'ont accueillie dans leur équipe. Moi qui ai eu tellement de problèmes relationnels avec beaucoup d'équipes passées, moi qui me disais que mon autisme m'empêcherait toujours de m'intégrer professionnellement, moi qui me disais que j'étais condamnée à faire de l'intérim jusqu'à la retraite tellement j'étais incasable, là je n'ai rien eu à faire de particulier. Pas besoin de jouer un rôle de composition. Pas besoin de soigner mon élocution. Pas besoin de faire semblant. J'ai juste été moi, et ils m'ont acceptée comme ça.

J'ai pu parler comme je parle. J'ai pu me tenir comme je me tiens. J'ai pu sortir mes blagues pourries. J'ai pu balancer des vannes à mes collègues et en recevoir en retour. J'ai pu aller manger au resto avec mon équipe et me sentir à l'aise. J'ai pu marcher avec eux dans la rue sans me retrouver toute seule. J'ai pu participer à un groupe WhatsApp professionnel. J'ai pu organiser un repas de départ. Et tout ça le plus naturellement du monde, sans avoir à faire du camouflage social et sans qu'ils sachent que j'étais autiste. Jamais je n'aurais cru que ce serait possible un jour.

Juste avant une réunion d'équipe, ils se sont mis d'accord pour demander au directeur de prolonger mon CDD, ce qu'il a accepté. Quand je leur ai raconté la pantalonnade qu'avait été mon entretien pour le nouveau poste créé, ils se sont insurgés et m'ont soutenue. Quand ma non-reconduction dans l'association a été officielle, l'un d'eux a pris la parole devant tout le monde pour dire qu'il était impacté émotionnellement par mon départ et qu'il n'en comprenait pas la raison. Les autres ont acquiescé. J'ai failli pleurer. Jusqu'au bout ils ont été avec moi.

Je leur ai renvoyé l'ascenseur en écrivant un mail au président de l'association, pour lui relater ce qui s'était passé pendant mon audition et pour lui décrire le mal-être des salariés à cause de l'attitude du directeur-Calimero. La nouvelle directrice est convaincue que j'ai fait cela parce que j'étais vexée de ne pas avoir obtenu le poste (PTDR, si elle savait à quel point elle est dans le faux...)

Juste après mon départ, j'ai enchaîné directement sur un CDI. J'étais prise sur deux postes et j'ai dû faire un choix, alors que d'habitude je galère à décrocher un pauvre contrat de 2 mois. Je suis persuadée que mes collègues y sont un peu pour quelque chose : ils m'ont donné confiance en moi. Depuis que j'ai bossé avec eux, je dis plus facilement ce que je pense (bon je sais, il y a l'âge aussi, on prend confiance avec l'expérience professionnelle et l'expérience de vie). Mais n'empêche qu'ils seront toujours avec moi. D'ailleurs lors de ma prise de poste ils m'ont envoyé des mots très gentils que je relis quand je n'ai pas le moral :

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Quand je pense qu'il y a eu un resto pour mon départ, des cadeaux, une carte, alors que je n'ai passé que 6 mois là-bas. Dans mon ancien taff où je suis restée 4 ans, j'ai juste eu droit à un "bonne continuation" devant la porte... Mylène était certes une *****, mais les deux autres ne valaient guère mieux. Je bossais avec des nanas toxiques / jalouses (?) en fait.

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Les cadeaux de mes collègues et une partie de la carte qu'ils m'ont écrite <3

 

Aujourd'hui j'ai retrouvé un poste pérenne avec possibilité d'évolution ; je m'entends très bien avec mes collègues (sauf une que je ne peux pas voir en peinture mais je ne la côtoie pas trop souvent). Ma responsable est un vrai chamallow qui me dit "gros bisous" quand on se parle au téléphone <3. Malgré une embauche récente, je vais pouvoir partir en vacances pour la première fois depuis deux ans. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais pour l'heure je n'ai aucun regret. Par contre (et ça va sans doute vous paraître très paradoxal), j'ai très mal vécu le fait qu'un ancien collègue fasse une interview de la personne qui m'a remplacée, et la diffuse sur LinkedIn (bien sûr l'autre connard d'ex-directeur s'est empressé de mettre un "j'aime" sur l'article). J'ai bien conscience que c'est irrationnel, mais je l'ai vécu comme une trahison, comme si j'avais vu un ex s'afficher avec sa nouvelle copine. Je me suis obligée à ne pas réagir sous le coup de l'émotion. J'ai réfléchi. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester éternellement dans le passé.

Je ne peux pas reprocher à mes collègues d'être passés à autre chose. Je ne peux pas leur reprocher d'avoir accueilli la nouvelle personne comme ils m'ont accueillie moi. Je ne peux pas leur reprocher d'avancer. Et même elle, sa position fait que je ne l'aime pas, mais elle n'a rien demandé. Ce n'est pas elle qui n'a pas renouvelé mon contrat. Ce n'est pas elle qui m'a fait un entretien bidon pour le transformer en procès d'intention. Le seul responsable c'est l'autre harceleur immature de merde. Elle était là, elle a postulé et basta, elle ne m'a rien fait personnellement. Je ne vais pas non plus demander à mes collègues de me regretter jusqu'à la fin des temps ; ils m'ont dit que je leur manquais au début et c'est bien normal que la page soit tournée maintenant. Mais ça fait très mal quand même.

J'ai pris le temps de la réflexion puis j'ai quitté la conversation WhatsApp en leur disant que je laissais l'association poursuivre son chemin et que j'avais besoin de prendre de la distance avec les actualités du comité, mais que j'espérais bien sûr les revoir très vite ; que cela ne changeait rien quant au fait que je voulais rester en contact avec eux. J'espère qu'ils ont compris.

Il y a peut-être aussi le fait que lorsque j'ai mangé au resto avec eux il y a trois semaines, je me suis sentie larguée quand ils parlaient de l'association. Forcément, la vie a continué sans moi là-bas. J'étais donc exclue de telle anecdote qui s'était déroulée le matin-même ou la semaine précédente, et j'étais gênée de leur demander de quoi ils parlaient. Du coup je me dis que si je les revois prochainement, il faut que je les voie séparément afin de ne pas assister à des conversations que je ne comprendrai pas.

Tout ce que je vous dis là, je ne leur dirai pas à tous. Je pense partager ce ressenti avec l'une d'entre eux car je sais qu'elle me comprendra. Elle me dit toujours "oui, je comprends", même quand je lui dis un truc chelou du style "je suis incapable de me projeter dans un futur aménagement de pièce / j'ai des tics quand je mange certains aliments / je retiens des trucs compliqués mais je suis en mode poisson rouge pour des trucs simples". Jamais elle ne se moque, jamais elle ne cherche à décortiquer le pourquoi du comment. Juste elle comprend. Donc si je lui dis que j'ai vécu le post LinkedIn comme une trahison, que je chiale en repensant à mes batailles de gifs avec Bidule et que je ne pourrai plus jamais manger avec eux tous en même temps au resto, elle ne me dira pas "mais n'importe quoi ma pauvre fille t'as un grain" ; elle me dira "oui, je comprends".

Je pense qu'on ne rencontre personne par hasard, et mon expérience dans l'association n'est pas arrivée par hasard. Ils vont sans doute m'oublier, mais moi je ne les oublierai jamais.

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10 juillet 2022

Violence(s) - dernière partie

C'est une énième "boutade" de ma mère, ainsi qu'un post Instagram d'une personne victime de grossophobie, qui m'ont poussée à prendre la plume aujourd'hui. Ce post, je l'ai depuis longtemps en moi. Il ne demande qu'à être écrit, il a besoin d'être écrit. Je le fais pour moi, je le fais pour ma fille. Je le repousse depuis trop longtemps. L'appréhension de cet article m'a fait procrastiner, car je savais que ce serait la partie la plus difficile à écrire sur toute ma série consacrée à la violence. Mais le moment est venu de mettre fin à cette procrastination. Alors allons-y : parlons de ma mère. De ses névroses. De ses problèmes qu'elle ne regardera jamais en face. De notre relation dysfonctionnelle. De sa toxicité. Pour la première fois aujourd'hui, je l'ai formulé mentalement : ma mère est toxique.

Comme vous le savez déjà, elle m'a élevée seule à partir de l'âge de 22 mois. Elle a fait ce qu'elle a pu, avec les moyens qu'elle avait. Elle a fait des erreurs, mais elle ne les admet pas car comme elle trimait à faire des boulots de merde pendant que mon père était barré quelque part entre la Dordogne et la Martinique, elle estime que cela lui donne l'immunité diplomatique. Je t'ai élevée seule, donc tu fermes ta gueule. Ton père, tu lui dis quelque chose, à lui ? Il est bien tranquille depuis 30 ans et il n'a jamais payé un rond pour t'élever. Moi j'ai tout sacrifié pour toi. Je t'ai donné toutes les clés pour réussir. Donc tais-toi.

Voilà en résumé, la mode de fonctionnement de ma mère : culpabilisation, victimisation, invalidation de mon ressenti. Je n'ai pas le droit d'être blessée. Je n'ai pas le droit de lui dire qu'elle a fait de la merde parfois, sinon je vais me prendre un : "et ton père alors ?" Alors que ça n'a strictement RIEN A VOIR putain de bordel à queue. Ce n'est pas parce qu'il a été maltraitant que cela la dédouane de ses torts à elle. Ce n'est pas parce qu'elle a fait ce qu'elle a pu pour m'élever, qu'elle n'a rien à se reprocher. Je ne lui ai jamais demandé de "tout sacrifier" pour moi ; au contraire cela m'a étouffée plus qu'autre chose. On a été pendant 25 ans en vase clos, elle, sa dépression, son alcoolisme et moi-même. J'étais asphyxiée là-dedans. Et les rares fois où j'ai essayé d'en parler à mon père, il m'a claqué dans la gueule un : "C'est de ta faute, tu parles mal à ta mère." BIM.

Quand je lui disais qu'elle m'étouffait, elle me rétorquait : "Bah moi j'avais des parents qui n'en avaient rien à foutre, c'est ça que tu veux ?" Et je pense que cette réponse résume à elle seule un gros noeud du problème : elle ramène toujours tout à elle. Un jour où j'ai osé lui dire (très maladroitement je l'admets) qu'elle avait gâché mon enfance et mon adolescence, elle m'a répliqué qu'à 14 ans je lui jetais des regards noirs et que j'avais des mots très durs envers elle, et qu'elle avait l'impression que je ne l'aimais pas. (quand je pense qu'Anne-Sophie Faucheur a tenu les mêmes propos concernant la pauvre petite Typhaine Taton qu'elle a maltraitée jusqu'à ce que mort s'ensuive, ça fait froid dans le dos). Bref de l'insécurité, encore et toujours, alors que j'étais une adolescente victime de harcèlement scolaire et de maltraitances paternelles. Plutôt que se poser en victime de sa méchante fille, est ce que ce n'est pas le rôle d'un parent de chercher pourquoi un tel mal-être et de se demander si on n'a pas une part de responsabilité là-dedans ? C'est aussi ça que j'ai beaucoup de mal à accepter et qui me met encore en colère aujourd'hui : j'avais besoin d'un pilier. J'avais DROIT à un pilier. A la place j'avais une pleureuse.

Un autre jour où j'ai prononcé le mot "maltraitances" en parlant de mon père, elle m'a dit : "Bah oui, il faisait ça pour me faire chier". NON. J'ai été maltraitée. Reconnais mes maltraitances, et arrête de te les approprier. On parlera de toi après si tu veux, mais c'est un autre sujet.

Ma mère, tout comme moi et comme une immense majorité de personnes ici-bas, avons été élevées dans la masculinité toxique ambiante. Dans la violence banalisée. Dans les moqueries sur le physique qu'on finit par accepter parce que bon, c'est de l'humour quoi. On a été élevé au milieu d'hommes à qui on n'a pas posé de limites dans leur manière de traiter leurs femmes et leurs filles, et de femmes qui se sont habituées à cette violence ordinaire au point de l'approuver et de la reproduire.

Ma mère et l'une de ses soeurs se sont mises dans une rivalité malsaine dont j'ai payé les pots cassés (j'en ai parlé précédemment). Ma mère s'est ensuite mise en couple avec mon père, qui lui-même était un névrosé de première et dont j'ai également payé les pots cassés. J'ai passé ma vie à subir des moqueries et des remarques sur mon prétendu surpoids, sur ma prétendue maladresse physique, tout ça pourquoi ? Parce que mes parents étaient en fait un petit garçon blessé et une petite fille blessée qui ont engendré un enfant sans avoir au préalable réglé leur Oedipe. Ils ont déversé leurs problèmes d'enfance sur leur enfant qui n'avait rien demandé. Et comme ils ne demanderont jamais pardon à leur enfant, cet enfant blessé (moi) essaie lui-même de limiter les dégâts pour ne pas transmettre cet "héritage" à son propre enfant (Alice), qui n'a rien demandé non plus.

Ma mère trouve tout à fait normal que mon père lui ait mis une claque quand elle était enceinte de moi, parce qu'elle était soi-disant insupportable pendant la grossesse. Elle trouve tout à fait normal que son paternel lui ait mis des gifles, parce qu' "une claque ça n'a jamais tué personne". Ma mère rigole quand elle raconte que les bonnes soeurs de son école lui couraient après pour lui en coller une. Elle arrive à comprendre Jonathan Daval ou Bertrand Cantat, parce que "quand quelqu'un te pousse à bout et que t'as juste envie qu'il se taise, tu peux péter les plombs et avoir un geste malheureux. En plus Alexia Daval avait l'air d'être une sacrée c**** et Marie Trintignant avait un pète au casque". Bref elle légitime les féminicides, et après elle se dit féministe... Ma mère refuse d'entendre que ses hurlements au téléphone avec mon père m'ont traumatisée quand j'étais petite, parce que mon père la "poussait à bout" et que je ne me rends pas compte de ce que c'était. Quand j'avais 2 ans et qu'elle m'emmenait au parc, elle se cachait derrière un arbre pour voir mon petit visage paniqué la chercher et appeler "maman" (elle a même pris une photo de ma peur un jour tellement c'était drôle). Elle trouve tout à fait normal que je me sois pris des remarques grossophobes quand j'étais petite ; elle les encourageait même parce que c'était "pour mon bien". D'ailleurs ma mère m'appelait "ma grosse" quand j'étais enceinte. Par humour bien sûr.

Ma mère n'est pas choquée par le fait que mon père ait laissé son meilleur ami m'agresser physiquement quand j'avais 6 ans et qu'il était bourré (il m'a forcée à lui faire un bisou, j'en avais parlé dans un post), parce que "bah ton père surveillait dans le rétroviseur si ça ne dérapait pas" (LOL). Ma mère m'a obligée à porter l'une de ses broches de luxe à l'âge de 9 ans afin que la compagne de mon père constate qu'elle avait de beaux bijoux, puis m'a ensuite engueulée comme du poisson pourri quand la broche a été perdue. Elle m'a obligée pendant des années à faire des bisous pour dire bonjour à des inconnus, pulvérisant ainsi chez moi toute notion de consentement et me rendant plus vulnérable face à d'éventuelles agressions sexuelles. Elle m'a incitée à porter une de ses bagues à 1500 euros devant mes anciens patrons, avant de la reprendre sans rien me dire quand elle l'a retrouvée dans la poche de mon manteau et me laisser ainsi me taper une nuit d'insomnie parce que je pensais avoir égaré sa putain de bague. Quand j'ai accouché, j'ai été contrainte d'envoyer plusieurs faire-part à des amies à elle, comme si Alice était son bébé et non le mien. Aujourd'hui encore je m'en veux de ne pas l'avoir envoyée paître à l'époque.

Un jour où j'avais environ 2 ou 3 ans, elle m'a prise en photo juste après m'avoir collé une baffe (sur la photo je me tiens la joue et j'ai un regard de détresse). Mon visage me cuisait tellement que je l'ai appuyé contre le cuir frais du canapé, et hop photo numéro 2 prise par ma mère, avec sa bambine frappée qui rafraîchit sa joue comme elle le peut. Je me suis jurée une chose : quand ma mère sera morte, je cèderai les droits de cette photo et elle sera placardée sur tous les panneaux d'affichage de France et de Navarre dans le cadre d'une campagne contre les VEO. Si je meurs avant, c'est Alice qui le fera. Et si Alice meurt avant, je demanderai à une autre personne de le faire. Je m'en suis fait le serment et je m'y tiendrai, d'une façon ou d'une autre. Comment ma mère a-t-elle pu ne pas culpabiliser en voyant ce regard ? Comment a-t-elle pu continuer à dire qu'une claque "ça fait circuler le sang ?" Comment a-t-elle pu ne jamais me demander pardon ? Elle n'a aucune conscience des marques indélébiles qu'elle m'a laissées, au même titre que mon père m'a laissé des marques indélébiles avec ses mensonges et ses moqueries. En plus, tout cela n'a même pas servi à guérir leurs névroses puisqu'ils sont tout aussi névrosés qu'avant. Ils ont juste fragilisé une vie supplémentaire.

Evidemment tout ceci n'est pas sans conséquence sur Alice. Ma pauvre Alice sur qui j'ai hurlé parfois, Alice à qui il m'arrive encore de sortir des expressions que me sortait ma mère quand j'étais petite alors qu'elles m'ont tellement blessée : "Tu m'énerves"... "T'es fatigante" ou encore "Tais-toi !". Alice qui paye malgré elle (et malgré moi) un peu du fardeau familial que je porte sur mes épaules. Alice avec qui j'essaye de compenser en lui apprenant à exprimer ses émotions et à refuser les contacts physiques dont elle n'a pas envie, et à qui je commence déjà à inculquer le fait que les filles sont aussi fortes que les garçons. Je ne veux pas que son patron lui pose la main sur la cuisse sans son consentement. Je ne veux pas que son mari lui demande d'arrêter de travailler. Je ne veux pas qu'elle se sente obligée de s'épiler ou de porter un soutien-gorge si elle n'en a pas envie. Je ne veux pas qu'on lui demande de se cacher si elle souhaite allaiter son bébé. Et surtout, je ne veux pas qu'elle porte le poids des névroses de ses ancêtres comme moi je les porte. J'ai déjà réussi à ne pas reproduire le schéma des parents toxiques pour elle, et ça c'est déjà une grande victoire dont je suis fière.

end with me

Je la vois, si petite et si rayonnante, et je ne comprends pas comment on peut maltraiter son enfant et ensuite dormir sur ses deux oreilles. Je ne comprends pas comment on peut gifler sa fille de 3 ans et la prendre en photo. Je ne comprends pas comment on peut faire croire à sa fille de 2 ans qu'elle est perdue dans un parc, (même si "c'était juste pendant quelques secondes rholala"), puis la prendre en photo et lui raconter cette anecdote plus tard comme si c'était quelque chose de trop choupi. Je ne comprends pas comment on peut parler de régime à sa fille alors qu'elle est en pleine construction identitaire.

Je ne doute pas un seul instant que ma mère m'aimait (ce qui n'était pas le cas de mon père ; il ne sait pas ce que le mot "aimer" veut dire). Elle m'a maltraitée parce qu'elle était dépressive, parce qu'elle avait un mal-être profond dû à un manque d'amour de ses parents. Ca, je peux l'entendre. Par contre, ce que je ne peux pas entendre ; ce que je refuse catégoriquement d'entendre, c'est qu'elle n'est responsable de rien. Je refuse d'entendre que seul mon père est méchant et que je n'ai pas souffert à cause d'elle. Je refuse d'entendre que j'avais tout pour réussir. Je refuse d'entendre que je n'ai pas le droit de me plaindre et que je dois juste fermer ma gueule. Je refuse d'entendre qu'elle s'enfermait dans sa chambre pour boire sa piquette parce qu'elle avait l'impression que je ne l'aimais pas. Ce que je veux entendre, c'est : "Je suis désolée. J'ai fait ce que j'ai pu. J'ai fait des erreurs. Je sais que je t'ai fait du mal et que je n'ai pas été le pilier dont tu avais besoin. Je regrette de t'avoir frappée. Je regrette de t'avoir crié dessus. Je regrette de t'avoir laissée me chercher dans le parc, tu étais si petite. Je n'aurais jamais dû prendre ces photos. Je suis désolée pour les remarques grossophobes que tu as reçues dans ton enfance. Tu n'es pas responsable de la jalousie de ma soeur envers moi, ni de mes problèmes, ni de ma dépression ni de mon alcoolisme. Tout ça, ce sont des histoires entre moi, mes parents et ton père. Toi tu n'as rien à voir là-dedans. Je suis désolée de t'avoir laissé entendre le contraire. Je suis fière que tu aies réussi à construire une vie équilibrée malgré tout cela. Tu es très forte. Ta capacité de résilience est admirable. Je suis fière de toi". Malheureusement, ces mots-là, je crains de ne jamais les entendre. Peut-être qu'elle les pense, mais elle ne les verbalisera jamais. Il faut savoir que ma mère ne s'est jamais excusée pour quoi que ce soit depuis 38 ans, même pour un truc à la con. Jamais. Alors qu'elle le fasse un jour pour des choses aussi intimes et aussi douloureuses, relève clairement de la science fiction. Et si j'aborde le sujet un jour, elle me rétorquera certainement que c'est plutôt à moi de m'excuser pour lui avoir mal parlé le 27 mai 1997. Or je n'ai pas envie de gaspiller mon temps et mon énergie pour un dialogue de sourds qui ne mènera à rien. Je tente donc moi-même de tenir ces propos maternels à mon propre enfant intérieur. Une tâche douloureuse et moins efficace que si c'était ma mère qui le faisait, mais c'est mieux que rien.

Le point de vue de ma mère est totalement différent. Pour elle, je n'ai pas le droit de me plaindre, parce que ELLE a été en couple avec mon père qui était con. ELLE a fait une très longue dépression. ELLE m'a élevée seule et elle n'a reçu aucune médaille pour cela, ce qu'elle trouve profondément injuste. Elle ne comprend pas pourquoi tout le monde trouve normal qu'elle m'ait élevée seule, et que personne (surtout moi) n'ait crucifié mon père parce que LUI, il s'en est sorti les mains propres sans jamais débourser un seul centime pour sa pension alimentaire. Elle ne comprend pas pourquoi j'aurais quoi que ce soit à lui reprocher alors qu'elle a tout fait pour que je ne manque de rien. Elle nie que j'ai été maltraitée. Elle nie qu'elle a fait des erreurs. Elle nie mon statut de victime co-dépendante de son alcoolisme. Elle nie le fait que c'était impossible de réussir mes études en vivant en vase clos avec une mère alcoolique couchée dans son lit la plupart du temps et qui m'étouffait avec son inquiétude permanente et sa putain d'immaturité affective. Elle ne comprend pas que j'avais besoin d'un PARENT, et non d'une petite fille blessée pour m'éduquer. Elle ne comprend pas que mon père c'est une chose, et qu'elle c'en est une autre. Elle ne comprend pas que les fautes de l'un n'effacent pas les fautes de l'autre. Elle ne comprend pas que couper les ponts avec mon père a été ma première décision d'adulte pour sauver ma peau (cela ne l'a pas satisfaite, elle aurait préféré que je le fasse jeter en prison à sa place ou que je le bute). Elle ne comprend pas que NON, m'occuper d'elle n'était pas dans mes attributions. C'est elle qui devait s'occuper de moi, et non pas m'exposer ses relations dysfonctionnelles avec ses parents ou ses mecs successifs, ou encore ses problèmes d'argent. Elle ne comprend pas que j'ai le droit de m'en foutre de ses histoires de pension alimentaire ou d'histoire d'amour ratée avec mon père. Tout cela ne me regardait pas. Elle ne comprend pas qu'elle n'avait pas le droit de se servir de moi comme d'un instrument de vengeance. Elle ne comprend pas qu'elle m'a privé du droit d'être une enfant et que ce n'est pas normal.

Bref, elle a tellement baigné dans la violence qu'elle m'a élevée dedans aussi. Tout le monde a droit à l'erreur, mais non seulement mes parents-bourreaux ne me demanderont jamais pardon, mais en plus le fait qu'elle nie ce que je ressens me donne envie de crier dans un oreiller jusqu'à m'en péter les cordes vocales. Aujourd'hui encore elle m'a traitée de "nigaude" (sur le ton de la plaisanterie bien sûr), parce que je n'arrivais pas à faire un truc. Si je prends mal cet "humour", c'est parce que je suis susceptible ; jamais elle n'admettra qu'elle est blessante et qu'elle n'a pas à dire cela, que ce n'est pas ça l'humour. Cette voie sans issue est à devenir fou.

J'en suis donc arrivée à cette conclusion : ma mère est toxique. Et quand elle mourra, même si je serai très triste, même si je pleurerai des hectolitres de larmes sur toute cette vie gâchée, même si c'est un moment que je redoute, je serai soulagée. Je n'aurai plus ce poison insidieux qui menace de se déverser si elle décide de me partager ses pensées négatives ou de faire de l' "humour".

B. serait horrifié de lire tout cela. Je sais que je vais choquer des gens ici. Mais c'est la vérité. Ma mère dit elle-même que ses parents étaient pesants et que leur mort a été une libération ; ce sera pareil pour moi.

Bien entendu je ne peux m'empêcher de culpabiliser en écrivant cet article, car je sais que ma mère a des circonstances atténuantes ; que la dépression et l'alcoolisme sont des maladies et qu'au final, elle est responsable mais pas coupable. D'autre part, il y a des jours où elle est normale, où on peut discuter normalement et où elle me soutient dans mes choix ; et ces jours-là me font presque regretter de retenir ceux où cela se passe mal. Ceci étant, ce n'est pas normal de souligner que ma mère est parfois normale, tout comme ce n'était pas normal dans mon enfance de calculer qu'elle ne m'avait pas mis de claque depuis tant de jours / semaines / mois. La normalité ne doit pas se remarquer, c'est la norme et puis c'est tout. Il était de sa responsabilité de parent de faire en sorte que son passif ne me retombe pas sur la gueule façon mur de briques. J'en voudrai toujours à mes parents de m'avoir privée de l'insouciance à laquelle j'avais droit en tant qu'enfant. Je leur en voudrai toujours de m'avoir traitée comme une mini-adulte ; j'avais bien le temps d'être une adulte plus tard. Je leur en voudrai toujours pour ce regard triste que j'ai sur les photos à partir de l'âge de 3-4 ans. Voir une telle différence avec les photos plus anciennes me saute à la figure et me brise le coeur à chaque fois que je les regarde. Je leur en voudrai toujours pour ces troubles du comportement alimentaire que je traîne encore aujourd'hui à presque quarante ans, et que je traînerai jusqu'à ma tombe. Je leur en voudrai toujours de ne pas m'avoir aimée de manière inconditionnelle. Quand on aime son enfant, il n'y a pas de "mais". Jamais. Pas de "oui mais si tu perds quelques kilos". NON. Tu t'en branles que ton enfant pèse 50 ou 150 kilos, tu l'aimes point. Tu fais bloc face à l'adversité. Tu envoies chier les grossophobes, les validistes et tous les comportements toxiques. Tu fais ton job de parent et tu gardes tes blessures narcissiques pour ton psy. Ton enfant est étranger à tout cela.

 

moi

Ce que j'aimerais dire aujourd'hui à cette petite fille sur la photo, c'est qu'elle n'a rien fait de mal. Qu'elle n'est ni grosse, ni moche, ni empotée, ni susceptible. Qu'elle est juste entourée d'adultes qui ont des problèmes d'adultes. Que c'est normal qu'elle ne comprenne rien à ce qu'ils disent, parce qu'ils lui parlent de choses d'adultes et qu'elle n'est pas une adulte. Que ces adultes devraient aller voir un docteur parce qu'ils sont malades. Que c'est normal d'être triste si un adulte dit une chose méchante, même si c'est "pour rire". Qu'on ne traite personne de gros ou de moche pour rire. Que quand on gifle son enfant ou qu'on lui dit qu'il devrait maigrir, c'est de la maltraitance. Que rien n'est de sa faute. Qu'elle est forte. Qu'elle va y arriver. Que tous ces adultes seront punis pour avoir été méchants avec elle, même si c'est dans très longtemps. Qu'elle aura aussi une petite fille un jour, et qu'elle lui apprendra à dire non à la violence. Qu'elle brisera le cycle. Qu'elle cessera un jour d'occuper la place de "grosse" que son propre entourage lui a assignée ; qu'elle occupera la place qui est la sienne même si cela doit lui prendre toute la vie.

S'il faut tirer du positif à tout cela, c'est que toute cette violence m'a fait devenir la personne que je suis aujourd'hui, à savoir une personne empathique à l'extrême et qui essaye toujours de voir le bien chez les autres. Je me dis souvent que si j'avais été aimée d'une manière normale, j'aurais été une connasse sans coeur. Que les coups que je me suis pris dans la gueule m'ont rendue meilleure. Il n'est bien sûr pas question de remercier mes bourreaux, mais simplement de constater que leurs violences ne m'ont pas rendue maltraitante. Au contraire, plutôt que faire payer aux autres le mal qu'on m'a fait, je préfère faire du bien aux personnes qui le méritent (bon quelquefois je me plante comme avec ma traîtresse de collègue Mylène mais ce n'est pas grave, c'est en faisant des erreurs qu'on apprend à ne plus les faire).

Désolée si cet article est décousu et répétitif, je l'ai écrit quasiment d'une traite. J'avais besoin de poser ces mots-là ici et maintenant. Je ne veux plus que quiconque minimise les violences intrafamiliales, et surtout pas celles que j'ai subies. Je suis une victime, même si ma mère refuse de l'admettre. Et même si elle a fait comme elle a pu, moi je fais également comme je peux avec mon autisme et ces violences multiples que des adultes malades m'ont fait subir ; ces mêmes adultes qui étaient censés me protéger et m'aimer de manière inconditionelle.

J'ai aussi écrit cet article pour Alice, pour qu'elle le lise un jour et qu'elle comprenne par quoi je suis passée avant de devenir sa maman. J'espère que la maman a réussi à prendre le pas sur la petite fille blessée, car c'est la première et non la deuxième qui doit élever Alice.

Je termine en vous partageant le texte d'une personne que je suis sur Instagram, qui a le même âge que moi et qui est malheureusement toujours victime de son père abusif. Ses mots résonnent en moi à un point que vous ne pouvez imaginer.

PS : après avoir écrit les dernières lignes de cet article, la chanson "Les dingues et les paumés" de Hubert-Félix Thiéfaine est venue spontanément me trotter dans la tête alors que je ne l'ai pas écoutée depuis plusieurs mois. Et non seulement le thème de la chanson se prête au sujet, mais en plus c'est la deuxième femme de mon père qui m'a fait découvrir Thiéfaine. Il n'y a pas de hasard :-)

a nos etoiles

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06 juin 2022

Origine(s), la suite

(j'ai essayé de ne pas être trop redondante avec mon article du 17 novembre ^^)

Je suis née à Rennes et j’y ai grandi (je suis un pur produit du quartier Sainte Thérèse / Sud Gare). Toute mon enfance et toute mon adolescence, j’ai marché des kilomètres dans les rues et le centre ville rennais ; j’ai écumé toutes les lignes de bus, tous les parcs et tous les centres commerciaux de la ville. J'ai également fait toute ma scolarité à Rennes, de la maternelle jusqu'à la fac. Je suis donc une citadine rennaise pur jus. Conséquence : ayant toujours vécu en ville jusqu’à l’âge de 28 ans, j’ai quasiment tout le temps résidé en appartement. De même pour mes camarades de classe : à part quelques exceptions, ils vivaient tous en appartement, quels que soient les moyens financiers de leurs parents. On n’avait pas de jardin mais cela ne choquait personne ; en ce qui me concerne, aller jouer dehors m’a toujours prodigieusement emmerdée.

Depuis 2012, je vis à la campagne. Pas par volonté au départ, mais pour des raisons professionnelles : à l'époque j'avais en effet trouvé un job à la campagne et le fait de quitter la grande ville me permettait d'avoir moins de route à faire. Etant célibataire et smicarde j'ai loué un T2 dans lequel je suis restée quatre ans. Ensuite Alice est arrivée ; j'étais alors en intérim et B. s'est fait licencier ; on a donc déménagé dans un logement social plus grand où nous vivons toujours actuellement. A un moment donné on aurait peut-être pu acheter, mais B. ayant décidé d’aller vivre dans la maison de ses parents à moyen terme on ne l’a pas fait (et quand je vois la gueule du marché immobilier en Ille et Vilaine depuis le Covid je me dis qu’on aurait peut-être dû, mais bon bref ce n’est pas le sujet).

Il se trouve que depuis quelques années, les couples de 30-40 ans veulent tous un pavillon avec jardin pour leurs enfants ; les lotissements poussent donc comme du chiendent des champignons un peu partout. Dans la mesure où tout augmente sauf les salaires (cette phrase de vieux con vous est offerte par la maison ^^), les gens achètent des maisons de plus en plus petites et de plus en plus collées les unes sur les autres. J’en ai déjà parlé ici, mais bien qu’étant locataire dans le parc social je ne suis pas DU TOUT jalouse de ce type de bien. J’ai eu l’occasion d’emmener Alice à plusieurs reprises chez une copine qui habite dans ce genre de quartier triste et sans âme, et rien que de marcher dans sa rue, avec les gamins sur leur vélo qui te matent comme une bête curieuse pendant que leur père passe sa 3008 au Karcher devant le garage, je me sens très mal à l’aise. J’ai parfaitement conscience que mes propos peuvent laisser croire que je suis jalouse, mais je vous jure que non. Me promener là-dedans m'angoisse profondément. Mais bon bref je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà dit dans un autre article.

Ce qui m’ennuie, c’est que depuis quelques temps Alice a l’air gênée par cette différence avec ses camarades de classe. Comme je l’ai déjà dit ici, il m’est arrivé d’entendre des copines lui dire « j’aime pas les appartements, c’est nul », ou encore « pourquoi t’habites dans un appartement, vous n’avez pas trouvé de maison ? » Inutile de dire que ce ne sont pas des enfants de 5-6 ans qui ont inventé ces phrases et que ces propos sont vraisemblablement la retranscription de ce que disent leurs parents. Un enfant de maternelle n’en a rien à battre que ses potes aient un jardin ; tout ce qui compte pour lui c’est d’avoir suffisamment de jouets pour s’amuser. Les seuls qui comparent, ce sont les adultes. On compare sa voiture, sa maison, son boulot, son mari… C’est fatigant.

Bref la pauvre Alice se retrouve prise en étau là-dedans ; je me dis qu’elle n’a que 6 ans et que la mentalité des gamins ne va pas s’arranger en grandissant… Le pire, c’est que cette comparaison permanente a fini par déteindre aussi sur moi : en effet, je me suis récemment surprise à me dire qu’on va inviter des copains d’Alice chez nous en hiver uniquement, comme ça personne ne viendra nous emmerder à nous parler d’extérieur. Je me suis également vue, à plusieurs reprises, parler aux mamans de « notre future maison », aka celle de mes beaux-parents, en mode : « ouais je sais c’est petit ici, mais vous verrez après on aura une grande maison avec un terrain aussi grand qu'un terrain de football». Dimanche dernier je tondais la pelouse dans le champ, et je me disais « putain c’est super grand quand même, si on creuse une piscine ou qu’on installe une tyrolienne ce sera un plaisir d’inviter des gens ici, car ils se sentiront complexés avec leur jardin Polly Pocket collé sur les voisins et regretteront d’avoir critiqué mon appartement ». Et puis après je m’en suis voulue de penser ça, parce que 1. on n’habite pas là-bas et il ne faut pas vendre la peau des bœufs avant d’avoir tué la charrue (on ne sait pas de quoi demain sera fait, l’un de nous peut mourir ou larguer l’autre), et 2. NON MAIS QU’EST-CE QUE J’EN AI A FOUTRE DE CE QUE PENSENT LES GENS EN FAIT ? Qu’est ce que j’ai besoin de me vanter en parlant d’une maison dans laquelle je n’habite pas ? J'ai l'impression d'être comme ma mère qui n'assume pas qui elle est et d'où elle vient, et cela m'insupporte. Comme disait mon grand-père, je compte les œufs dans le cul de la poule. Et 3. de toute façon B. ne veut plus creuser de piscine, il dit que ça coûte trop cher et qu’on paiera des impôts dessus :-D

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Une partie du champ de la maison où je vivrai (peut-être) un jour


Bref je ne sais pas si c’est la mentalité des petites communes résidentielles, mais en tout cas je sais qu’en ville ce n’est pas comme ça. Bien évidemment je ne mets pas tout le monde dans le même panier et je sais que toutes les familles n’ont pas cet état d'esprit, mais d’une manière générale, j’ai l’impression qu’ici les gens aiment bien fourrer leur nez chez leurs voisins pour voir si l’herbe y est plus verte. Les gens aiment bien constater qu’ils ont un truc plus grand que toi (ta maison, ton véhicule, ta bite). Ils croient qu’en appelant leurs gamins Pacôme ou Marie-Angélique, en leur payant des cours de violoncelle et en les mettant à l’école privée, ils font partie du dessus du panier. Sauf que ça ne marche pas comme ça. Quand tu fais partie du dessus du panier, tu n’habites pas dans un bled à 30 bornes de la grande ville. Ton gamin ne va pas au collège de Trifouillis les Oies, quand bien même ce collège est privé. Et ta maison n’est pas un truc en carton-pâte semblable aux autres cartons du coin. Perso je ne fais peut-être pas partie du sérail, mais au moins je le sais et je ne cherche pas à enfiler un costume trop grand pour moi (même si parfois je suis complexée comme je l'expliquais dans mon post du 19 janvier).

Quelque part, je pense que beaucoup de ces gens sont comme moi. Je pense que beaucoup de personnes qui vivent ici me ressemblent finalement, en dépit d'un mode de vie en apparence complètement différent. C’est juste que moi j’intériorise et je fais un travail sur moi tous les jours pour me contenter de ce que j’ai. Mais je vous jure qu’avec cette société qui ne cesse de comparer les enfants entre eux et les adultes entre eux, c’est un travail laborieux. On n'empêchera jamais les gens d'être cons et je ne veux pas qu'Alice souffre d'exclusion pour cette raison.

PAR CONTRE, il y a la maison d'une personne que je suis sur Instagram, qui clairement représente la maison de mes rêves. J'ai galéré à trouver des photos de l'intérieur car généralement elle se filme en story chez elle ; et je n'en ai retrouvé aucune de l'extérieur. Là oui, je suis très très jalouse :-D

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Elle a eu un coup de coeur quand elle l'a visitée... Tu m'étonnes ! 

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24 avril 2022

Je le savais 😁

Dans mon post du 1er juin dernier, je vous parlais de Jacinthe, la fleuriste de ma commune qui est une star locale, qui est la commerçante chez qui TOUT LE MONDE achète ses fleurs, mais que je boycotte à cause de son attitude avec moi et de son mari qui m'a mal parlé (je vous invite à relire l'article si besoin, je ne vais pas le paraphraser ici).

Et bien, un évènement récent m'a montré que j'avais raison de ne pas aimer cette harpie avec ses faux sourires. Il se trouve qu'une famille de réfugiés ukrainiens a été accueillie dans ma commune (deux soeurs et les deux petits garçons de l'une d'entre elles ; l'un des enfants est d'ailleurs dans l'école d'Alice). Un militaire retraité a pris cette famille sous son aile pour les aider à trouver un logement, une voiture et un travail. Un article relate ses démarches ; et raconte notamment qu'ils se sont rendus chez Jacinthe pour savoir si elle était en mesure de faire travailler la jeune Ukrainienne. Je vous laisse découvrir sa réponse :

Et PAF dans ta gueule... Ça m'a trop choquée. Quelle connasse sérieusement... Il y a une façon de dire les choses. Cela me conforte encore plus dans l'idée de boycotter son magasin. Elle doit être la première à dévaliser le rayon huile de tournesol pour faire des stocks. Beurk.

Le pire c'est qu'elle a eu le culot de poser en photo avec la jeune Ukrainienne pour illustrer l'article... LOL

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03 avril 2022

Le ciel t'aidera

baby shark

A l'heure où j'écris ces lignes, nous sommes le 27 mars 2022. Il faisait beau cet après-midi, alors j'ai proposé à Alice de dessiner à la craie devant notre maison (nous sommes confinées pour cause de Covid). Je n'aime pas dessiner (j'ai même horreur de ça, je suis incapable de dessiner quoi que ce soit ; je l'ai déjà évoqué ici lors de mon coming-out autistique), mais malgré cela, depuis un moment j'avais envie de dessiner Baby Shark devant ma maison. Pourquoi ? Parce qu'il y a deux ans presque jour pour jour j'étais également confinée ; j'étais assise sur les marches devant ma porte d'entrée, il faisait une chaleur à crever, j'avais la chanson de Baby Shark dans la tête et je pensais à Myriam jusqu'à en devenir folle. Et je crois qu'aujourd'hui, j'ai eu besoin de faire ressortir tout cela en le dessinant.

Le premier confinement, en mars-avril 2020, a été une période bizarre pour tout le monde. Inédite. Exceptionnelle. Pour la première fois de notre vie (et espérons-le, la dernière), nous avons été assignés à résidence. Obligés d'avoir une raison valable pour sortir. Obligés de remplir une attestation. Obligés d'avoir notre carte d'identité sur nous en permanence. Obligés de se limiter à 1 kilomètre de distance et à une heure de temps quand on voulait aller se promener. Personnellement j'ai tout respecté à la lettre. Je ne suis jamais allée à plus d'un kilomètre de mon domicile et jamais plus d'une heure. J'ai toujours rempli scrupuleusement mon attestation. J'ai toujours eu ma carte d'identité sur moi. J'ai toujours été un bon petit soldat.

J'imaginais des voitures de flics patrouiller près de chez moi, à la recherche d'un délinquant qui sortirait s'aérer trop longtemps. J'imaginais les rues de Rennes complètement vides malgré la chaleur écrasante. J'imaginais le contraste schizophrénique entre le silence des villes et l'effervescence des hôpitaux, avec des médecins et des infirmiers courant partout au rythme des bips résonnant tous azimuts dans les couloirs. J'imaginais ce virus de merde en train de circuler partout et je me demandais s'il allait m'épargner. Je me demandais quels seraient ses effets sur moi : légers, ou avec le package réanimation ? Et dans cette hypothèse, est ce qu'il resterait encore de l'oxygène pour moi ? J'avais vraiment peur.

Avec le recul, je suis sûre qu'il n'y avait aucune voiture de flics dans ma commune, pour la simple et bonne raison que je vis dans une commune de 3000 habitants où les flics ne viennent jamais. J'aurais pu sortir plus loin et plus longtemps sans me prendre une amende ni me faire contaminer. J'aurais même pu aller au bord de la mer comme certains l'ont fait. Ce n'est pas grave ; j'ai découvert des coins de ma commune que je ne connaissais pas, ce qui n'a fait que confirmer à quel point je la kiffe. J'ai bouffé du « Thomas le petit train » et du «Vintage mecanic» pendant deux mois, j'ai fait des œuvres d'art en perles à repasser, et j'ai pensé à Myriam, plus que jamais. Je pensais à elle tout le temps.

Je vous ai parlé d'elle en 2019 (voir article). Je ne me suis pas appesantie sur le sujet depuis ; de toute façon il n'y a pas grand-chose à raconter si ce n'est que rien n'a changé de mon côté : je suis toujours folle d'elle. Pour la première fois de ma vie, je ne me suis pas lassée. La flamme est toujours là, bien vivante et elle ne demande qu'à être attisée davantage. Bien entendu, Myriam n'en sait rien et n'en saura jamais rien. Pas question de perturber sa vie, et par-dessus tout, pas question de perdre le peu d'elle que je glane tous les jours, même si ce ne sont que des miettes.

Je pense que le nœud du problème, c'est que je suis obligée de la voir tous les matins (paradoxe bonjour). Si je ne la voyais plus ce serait plus facile : loin des yeux loin du cœur et basta. Mais je n'ai pas le choix : même si elle n'est pas la maîtresse d'Alice elle travaille quand même à l'école. Tous les matins elle est là, fidèle au poste. Tous les matins elle demande à Alice où elle mange le midi, et tous les matins Alice lui répond d'un air blasé qu'elle mange à la cantine. Il y a trois semaines, elle s'est approchée de moi en tendant une main (elle est tactile avec tout le monde ; je me suis déjà fait la réflexion qu'elle avait tendance à tripoter les gens). Bref elle a donc tendu une main, et d'un geste purement spontané, j'ai attrapé le haut de ses doigts et j'ai caressé l'un d'eux avec mon pouce. Cela a duré une seconde ; c'était tellement fugace que je ne sais même pas si elle s'en est rendue compte (j'espère je pense que oui). J'ai très vite lâché sa main. J'ai pensé à mon paternel qui m'a dit un jour, en me parlant d'un mec du collège sur lequel j'étais bloquée depuis des années : « Alors ça y est, vous vous êtes serré la main ? » J'ai ri jaune. Je pense que le majeur droit de Myriam restera la seule partie de son corps que je caresserai jamais, et cela me rend très malheureuse.

Je pourrais (devrais?) sauter dans le vide et lui avouer ce que je ressens, qu'on en finisse. Peut-être qu'elle n'a personne dans sa vie, peut-être qu'elle ne dirait pas non, peut-être qu'elle me dirait gentiment qu'elle est flattée mais pas intéressée, peut-être qu'elle tomberait de sa chaise car elle n'aurait jamais imaginé cela (en dépit du caressage de doigts), peut-être qu'elle me dirait que son cœur est déjà pris, peut-être qu'elle rougirait et qu'elle partirait en courant, peut-être que machin truc chouette bidule (avec des si, hein...) Ce qui est sûr en revanche, c'est que je serais fixée.

Le problème, c'est que la seule fois de ma vie où je me suis risquée à déclarer ma flamme à quelqu'un (Benjamin), je me suis pris une sulfateuse en retour. Alors certes, cela a été une très bonne chose au final : seule ma fierté a été blessée et il s'est avéré que je ne tenais pas tant que cela à ce garçon. Son stop m'a fait passer à autre chose ; de toute manière il ne m'a pas laissé le choix.

Mais ça m'a vaccinée. Je ne veux pas revivre ça. Je ne veux pas ENCORE me sentir honteuse de déclarer mes sentiments. Je ne veux pas ENCORE me prendre un râteau. Et surtout, je ne veux pas qu'après coup il y ait un malaise, qu'elle me fuie ou je ne sais quoi. Au moins Benjamin, il habitait à 600 bornes donc je ne l'ai jamais recroisé et je ne le recroiserai jamais, et c'est très bien comme ça. Mais Myriam, je suis condamnée à la voir quotidiennement, au mieux jusqu'à la fin de l'année scolaire et au pire jusqu'en juillet 2023. C'est très dur. Je suis fatiguée de me demander si elle partage la vie de quelqu'un. Je suis fatiguée de me demander pourquoi sa voiture n'est pas là tel matin ou tel soir. Je suis fatiguée de me demander pourquoi elle déménage, de me demander pourquoi certains soirs elle part dans telle direction et non pas dans telle autre, parce que tout cela ne me regarde pas en fait. Je suis fatiguée de me dire que ce coup de cœur est sans doute la conséquence de l'usure de mon couple avec B. (j'ai toujours des sentiments pour lui mais différents, par moments je me sens étouffer et je ne sais pas si tous les vieux couples passent par là. C'est peut-être normal). Je suis fatiguée de culpabiliser.

C'est pour cette raison que je ferme ma gueule et que j'attends que ça se passe.

Pour ceux qui me lisent depuis longtemps, je ne sais pas si vous vous rappelez mais avec B. j'ai souffert en silence aussi : je suis tombée amoureuse de lui début 2006, et on est sorti ensemble en mars 2007. Un an. Cela me paraît tellement dérisoire aujourd'hui. Au final le destin nous a donné un coup de pouce inespéré : B. est venu travailler dans l'auto-école juste à côté de mon travail, dans une autre commune que celle où nous nous sommes rencontrés. Un hasard de ouf. C'est ce hasard qui nous a permis de sortir ensemble.

Et bien quelquefois je me surprends à espérer la même chose avec Myriam. Que le destin nous donne un coup de pouce aussi. Mon histoire avec B. m'a donné envie de croire que les personnes destinées à faire un bout de chemin ensemble finissent par se retrouver malgré les obstacles. Vous allez penser que c'est une ode à la passivité, une excuse pour ne pas bouger mon cul, et vous aurez sans doute raison. Mais quand on a eu droit à un tel cadeau une fois, on espère que cela se reproduise encore une fois. C'est humain.

Il y a quelques mois, j'ai vu une émission où le témoignage d'une personne m'a rendue terriblement jalouse, même si son histoire est complètement différente de la mienne : en juillet 2019 elle était en road trip en Sicile, et elle hésitait entre retourner voir des amis dans je ne sais plus quel bled et gravir le volcan Stromboli. Elle a donc demandé au ciel de lui faire un signe pour l'aider à prendre sa décision. Ni une ni deux, le ciel lui a apporté ce signe sur un plateau, en la personne d'un vieillard sorti de nulle part, qui, avant même que Martine ouvre la bouche, lui a sorti qu'elle devait aller à Trifouillis les Oies et laisser tomber le Stromboli. Ni une ni deux, notre amie s'est donc exécutée. Et bien, croyez-le ou non, le Stromboli est entré en éruption ce jour-là et le pote avec qui elle devait l'escalader est mort. Elle l'a échappé belle.

Alors bien sûr je suis ravie qu'elle ait échappé à la mort, mais quand son interlocutrice lui dit, les yeux brillants : « comme quoi il faut savoir écouter son intuition», j'ai envie de lui répondre : « Oui enfin excuse-moi Brigitte mais là c'est plus qu'une intuition, c'est carrément un mec qui tombe du ciel et qui lui dit ce qu'elle doit faire, juste au moment où elle le souhaite en plus ! Il aurait vraiment fallu être cruche pour choisir le volcan !» Bref je suis jalouse, même si dans mon cas il ne s'agit pas de vie ou de mort. Moi aussi je veux une vieille gitane qui apparaisse entre la boulangerie et le bureau de tabac pour me dire : « Oublie-la, elle n'est pas faite pour toi. Elle a trouvé l'amour de sa vie et elle est heureuse. N'as-tu pas envie qu'elle soit heureuse ? »

Bien sûr que j'ai envie qu'elle soit heureuse, même si ce n'est pas avec moi. J'ai déjà demandé un signe au ciel, je ne l'ai jamais eu. J'ai même déjà pensé que je m'aveuglais volontairement ; que je refusais de voir. Le problème c'est je ne sais même pas ce que je suis censée voir.

L'autre jour, j'ai vu un magnifique arc-en-ciel derrière chez moi. Les couleurs étaient très marquées, et (pour la première fois je crois), je pouvais le voir en entier, jusqu'aux « pieds ». Je l'ai regardé et j'ai réitéré à voix haute mon vœu par rapport à Myriam. Quand on est paumé, on se raccroche à n'importe quoi, même à un arc-en-ciel. Même à son gâteau d'anniversaire. Même à une épluchure de clémentine. A n'importe quoi, à défaut d'avoir une apparition céleste comme Martine en Sicile.

Bref, cette année l'arrivée du printemps a fait remonter à la surface le souvenir du confinement de 2020. J'avais 36 ans, je détestais mon boulot, on était confiné, il faisait très chaud, je devais apprendre la chorégraphie de Baby Shark à Alice et j'avais envie de serrer Myriam dans mes bras. Deux ans plus tard j'ai 38 ans, j'ai quitté mon boulot, je suis confinée, j'ai dessiné Baby Shark avec Alice et j'ai toujours envie de serrer Myriam dans mes bras.

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13 février 2022

Méfiez-vous de l'eau qui dort

Entre 2016 et 2020, j'ai eu un patron qui traitait ses salariées comme de la merde et ne s'en cachait pas. On ne peut pas dire qu'il nous harcelait à proprement parler, mais il nous croyait corvéables à merci et en demandait toujours plus, et ce, sur un ton méchant et méprisant. Quand je lui ai décrit mes conditions de travail, mon médecin traitant m'a dit : "Mais c'est un tyran en fait".

Dans l'association où je travaille depuis quelques semaines, mon supérieur n'est pas un tyran, mais c'est encore pire : derrière une apparence de jeune trentenaire cool et décontracté, se cache en réalité un grand manipulateur qui prend un malin plaisir à déstabiliser ses salariés et à les pousser vers la sortie. Traduction : sauve qui peut.

Quand je l'ai rencontré la première fois, je suis ressortie de l'entretien en me disant : "Il est sympa". Le poste me faisait peur, mais pas lui. Pourtant, il ne m'a pas caché qu'il y avait eu des problèmes au sein du comité ; il m'a même tout déballé : plusieurs personnes parties, trois arrêts maladie dont deux en cours de rupture conventionnelle et un aux prud'hommes ; l'intervention régulière d'un médiateur, d'une psychologue et de l'inspection du travail... Cela peut paraître énorme comme ça, mais il m'a amené ça d'une manière tellement naturelle et transparente que je me suis dit : "Il devait y avoir un loup dans la bergerie, les mauvais éléments sont partis et l'ambiance est redevenue sereine".

Je suis naïve parfois :-D

Le jour où j'ai démarré, il est resté avec moi toute la matinée (il n'avait pas le choix de toute façon), puis l'après-midi il m'a lâchée toute seule dans mon bureau en me disant qu’il avait, je cite, "autre chose à faire". La formule m'a fait tiquer, mais là encore, c'était dit sans agressivité donc j'ai laissé couler. D'ailleurs tout s'est bien très passé ensuite, à part l'ennui mortel que j'ai raconté dans un post précédent.

C'est lors de la première réunion d'équipe que le vernis à commencer à craquer (j'étais alors embauchée depuis quinze jours) : l'un de mes collègues a demandé s'il y aurait des chèques de Noël pour 2021, ce à quoi le directeur a répondu par la négative en invoquant des motifs bidons (je vous passe les détails, ce n'est pas intéressant). Voyant mes collègues se rebeller face à ce refus, il nous a sorti, toujours avec son air très tranquille, qu'en gros ici les salariés sont sur-payés alors que certains ont une "qualification nulle" (sic). J’ai failli tomber de ma chaise devant tant de suffisance. Le ton était déjà beaucoup moins sympathique, et le fait que de tels propos soient tenus avec une voix toute calme, était encore plus glaçant. 

Plus tard dans la journée, ma collègue déléguée du personnel est venue me voir en me disant qu'on annulait Secret Santa car elle ne se voyait pas offrir un cadeau à quelqu'un qui se permettait de supprimer les chèques de Noël sans raison valable, et que d'ailleurs, renseignement pris, il avait pris cette décision tout seul contrairement à ce qu'il avait prétendu en réunion.

Bref, je venais d'avoir une démonstration de mensonge et de mépris de la part de mon supérieur, ce qui le rendait déjà bien moins sympathique malgré ses sourires et son ton doucereux.

Deux jours plus tard, un atelier cuisine a eu lieu au sein de l'association. Le déroulement d'un atelier est le suivant : un cuisinier et plusieurs malades préparent un repas ; ils invitent ensuite les salariés à déjeuner. Ce jour-là, en raison d'un grand nombre d'absents, le dessert initialement prévu n'a pas pu être préparé (en l'occurrence des crèmes brûlées). Et bien qu'a fait mon supérieur ? Il est parti au supermarché d'à côté, a ramené 4 crèmes brûlées, en a donné à 3 personnes et s'est gardé la quatrième pour lui. 

Sauf qu'on était 7 personnes à table...

J'ai cru à une caméra cachée. Je l'ai regardé bouffer sa crème brûlée, droit dans ses bottes, en me disant :  "ce n'est pas possible, il va forcément dire quelque chose...", mais non, rien, pas de caméra cachée. Là encore je suis tombée de l’armoire devant un tel manque de savoir-vivre.

J'ai fait part de mon indignation à mes collègues, et là les langues se sont déliées. J'ai su qu'en fait, le malaise est présent depuis bien longtemps et que tout le monde n'attend qu'une seule chose : qu'il se barre. Qu'il a déjà mis le boxon dans l'association où il travaillait avant et qu'il est en train de recommencer ici. Que le coup des crèmes brûlées achetées au supermarché, c'est parce qu'il était mécontent qu'elles n'aient pas été préparées durant l'atelier cuisine comme c'était prévu (euh ils n'étaient que deux pour tout faire, hein... Puis merde t'es invité, c'est gratuit, donc contente-toi de ce qu'on t'offre quoi...). Que Monsieur a été vexé que les trois personnes à qui il a donné une crème brûlée ne lui aient pas dit merci (bien fait pour sa gueule). Que le jour où trois salariés ont déménagé son bureau, il a apporté un gâteau le lendemain et n'en a donné qu'à ces trois salariés et rien pour les autres. Que quand on lui demande pourquoi il y a eu autant de départs de salariés en si peu de temps, il trouve toujours une excuse : X. était trop fragile, Y. ne foutait rien, Z. a mal parlé à un bénévole... Qu'il prend des éléments personnels pour les utiliser contre les salariés (par exemple en ce moment avec un collègue qui est en instance de divorce). Qu'il ne supporte pas que les salariés mangent sans lui le midi. Qu'il ne comprend pas pourquoi il n'est pas convié lorsque deux salariés vont boire un verre ensemble le soir après le travail. Qu'il se fait rembourser la moitié de sa carte de métro par l'association, alors qu'il vient travailler en voiture. Qu'il a dépeint un tableau épouvantable des salariés auprès de l'inspecteur du travail (en gros ce sont des incompétents sur-payés qui n'ont pas les diplômes requis, et qui sont tous méchants avec lui. L'inspecteur a dit que c'était la première fois de sa carrière qu'il voyait ça)... Bref je vous passe tout le reste mais bon vous cernez un peu mieux le personnage. On est bien loin du gars sympa qui m'avait reçue en entretien au mois de novembre...

Autre élément : il a convoqué l'une de mes collègues dans son bureau suite à une petite remarque qu'elle avait faite lors de la réunion d'équipe. Il lui a dit qu'il n'avait pas apprécié son agressivité. Or, c'était vraiment une petite remarque de rien du tout, qui était tout sauf agressive... On sent le gars qui utilise un détail pour essayer de déstabiliser la personne en face de lui, et ça, je peux vous dire que ça CRAINT UN MAX. Note pour plus tard : ne jamais montrer le moindre signe de doute ou de faiblesse devant lui. Jamais.

Hélas pour lui, il y a une très bonne cohésion d'équipe (et je m'inclus dedans). Du coup tout le monde essaye de le pousser vers la sortie. Certains de mes collègues sont allés rechercher le CV sur la base duquel il a été embauché, et ils ont constaté qu'à la base il avait juste un master 1 d'anglais, donc RIEN A VOIR avec le management, les RH ou que sais-je. Il s'est formé ensuite et c'est très bien, mais qu'il vienne parler de "qualification nulle" alors que certains salariés sont plus diplômés que lui, ça prête à sourire. D'après l'inspecteur du travail, il y a un élément concret (autre que son attitude envers les salariés) qui relève du pénal ; un rapport a été dressé fin janvier. Mes collègues espèrent que ce rapport conduira à son départ. A titre personnel je n'ai pas (encore) eu de souci avec lui et je n'ai pas vocation à rester ici, mais quand même, ça pue du cul.

Edit : une deuxième ancienne salariée attaque le directeur aux prud'hommes... On a appris de source sûre qu'il commence à sentir le vent du boulet et à chercher du boulot ailleurs. Dommage, je ne serai plus là pour sabrer le champagne avec mes collègues quand il partira.

(c’est la première fois de ma vie que j’ai des collègues en or qui m’ont acceptée comme je suis, et rien que pour ça je suis TRES TRES TRISTE de partir dans dix jours. Je vais pleurer ma race comme si je partais au bout de 20 ans d’ancienneté. L'un de mes collègues m'a filé sa formation Excel gratos sur une clé USB, et un autre m'a eu une place à Roland Garros 2022 pour seulement 89 euros, je suis trop contente ! :-)))))) Ils vont me manquer.)

 

 

 

 

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19 janvier 2022

Origine(s)

Je suis une personne qu'on peut qualifier d' "issue d'un milieu modeste". Ma mère, qui pour rappel m'a élevée seule, était Agent des Services Hospitaliers ; autrement dit elle faisait le ménage dans les chambres d'hôpital. Mon père a fait plusieurs métiers et n'a jamais eu une seule thune de sa vie (si ma mère lisait cet article, elle ajouterait "il a surtout pris la thune des autres" ^^). Mes grands-parents étaient aisés financièrement, mais seulement parce que mon grand-père avait créé son entreprise durant les trente glorieuses ; à la base il est fils d'immigré italien donc pas vraiment né avec une cuillère en argent dans la bouche, mais comme il gagnait beaucoup d'argent, ma grand-mère faisait les boutiques et achetait à ses filles des vêtements de marque et des chaussures de luxe, y compris des trucs en (vrai) croco et en (vrai) vison. Elle possédait une collection phénoménale de poupées en porcelaine et d’objets anciens qui valaient la peau des fesses. Dépenser sans compter a été, avec la cuisine, sa principale source de plaisir jusqu’à ses vieux jours.

Bien sûr le train de vie a été bien différent une fois que j'ai vécu seule avec ma mère, soit à partir de l'âge de 7 ans : je n'ai jamais manqué de rien, mais nous vivions dans un logement social sur son seul salaire. Pas dans le luxe et les professions dites "prestigieuses". Pas avec des amis notables qui lisaient le Monde. Pas avec des proches qui parlaient de Mozart ou de Chopin à table. Le quotidien c'était surtout odeur de clope, fins de mois difficiles, hurlements au téléphone avec mon père (l’un des plus grands traumatismes de mon enfance), culpabilisation, disputes, dépression. Ma mère avait peu d'amis, pas de conjoint et elle buvait (mais ça, vous le savez déjà). La seule chose qui dénotait là-dedans, c'étaient les livres qui ornaient sa bibliothèque : Alain Decaux, Louis-Ferdinand Céline, Hervé Bazin, Agatha Christie, Romain Gary... Je suis sûre que toutes ses collègues ASH ignoraient qui était Romain Gary. Je peux comprendre le décalage qu'elle ressentait et les complexes qui en découlaient : elle ne se sentait pas à sa place. Je me suis enfermée dans ma bulle d'autiste pour avoir la paix.

Ma mère aurait aimé être une grande dame. Elle aurait aimé être Coco Chanel, Inès de la Fressange ou la Baronne de Machin-Chose. Elle a très certainement pensé qu'elle n'était pas née dans la bonne famille. Elle était la plus intelligente de sa fratrie ; elle connaissait assez bien la mythologie et a toujours lu beaucoup de livres d'histoire. Elle aurait pu faire des études, mais pour des raisons de relations difficiles avec ses parents, pour des raisons de manque de confiance en elle, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à elle, elle a tout laissé tomber en terminale et elle s'est mise à traîner avec des mecs louches. Elle a fait un casse dans une pharmacie. Elle a testé toutes les drogues du marché : elle a fumé, sniffé, pris des pilules chelou, de la poudre bizarre, des trucs qui s'injectent en intraveineuse et j’en passe. Elle a fait la manche à Marseille. Elle a croisé la route de mon père dans un bar, ils ont emménagé au-dessus d'une boîte de nuit et je suis arrivée. C'est à ce moment-là qu'elle a arrêté ses conneries.

J'ai très mal vécu ses complexes sociaux, parce qu'elle n'en parlait pas mais que je les sentais. Elle s'achetait des fringues Dorothée Bis, des sacs à main Chanel, des lunettes de soleil Ray-Ban et puis elle pleurait parce qu'elle était à découvert (à l'époque elle gagnait 5000 francs par mois). Du coup, quand elle achetait un truc destiné à la frime, je paniquais en lui demandant le montant de son découvert. Je m'inquiétais pour elle. Or ce n'est pas normal d'être inquiète pour les finances de sa mère quand on a 9 ou 10 ans. Elle m'habillait comme une petite fille modèle avec des vêtements chers, sans s'occuper de savoir si ces vêtements étaient pratiques pour moi. J'ai un souvenir horrible de maternelle où je n'arrivais pas à enlever la combinaison dont elle m'avait affublée pour aller aux toilettes. Et ça soûlait les maîtresses de chercher comment on ouvrait ce truc (souvenez-vous comment elles étaient là-bas...). Je l'ai suppliée de ne plus m'habiller avec cette chose pour aller à l'école ; elle a cédé mais elle n'a pas compris pourquoi je pleurais. Et surtout elle a trouvé lamentable que je fasse du nez sur cette combinaison, vu le prix qu'elle avait coûté.

Un autre jour, devant l'école maternelle elle s'est exclamée : "T'as les cheveux saaaaaaales ! Comme c'est pas permis". (plus de trente ans après je me souviens encore de l'intonation exacte avec laquelle elle a prononcé cette phrase). Elle disait qu'elle avait honte de mes ongles sales, comme si à 6 ans on était responsable de sa "saleté"... Lors de mon spectacle de danse, elle s'est sentie obligée de me mettre du fond de teint sur la figure alors que personne ne lui avait rien demandé. Elle m'avait sans doute rêvée gracieuse, délicate et proprette comme une petite fille du 16ème arrondissement de Paris (ou du moins l'image qu'elle s'en faisait), alors bien sûr je n'étais pas conforme à ses rêves. J'avais l'impression de ne jamais être bien, de lui faire honte. Au-delà des violences physiques (dont je parlerai dans un prochain post pour enfin clore ma série d'articles sur la violence), la petite fille que j'étais a énormément souffert de ne pas être belle aux yeux de sa mère.

Evidemment, ma mère m'a involontairement transmis son complexe social. Depuis toute petite je rêve des beaux quartiers de Rennes. Depuis toute petite je complexe de ne pas faire partie de ce sérail qui m'est à jamais interdit. Depuis toute petite j'envie leurs Zadig et Voltaire, leur peau mate, leur langage châtié qui roule tout seul, leurs soirées mondaines, leur aisance corporelle, leur capacité à ne pas montrer leurs émotions en public et plus généralement leur prestance. Je me sens grotesque à côté d'eux, avec mes pantalons qui tombent, ma peau du ventre visible quand je me baisse et mon élocution pourrie. On n'est clairement pas du même monde.

J'ai fréquenté la fac de droit puis l'école de notariat ; dans cette dernière école, la majorité de mes camarades de classe étaient des fils de notaires qui venaient en cours en Porsche Cayenne. Les filles étaient bien apprêtées, très sûres d'elles avec leurs queues de cheval parfaites et leurs vêtements toujours impeccables. Les mecs ne me calculaient pas. L'un d'entre eux me plaisait beaucoup mais je crois qu'il ne sait même pas que j'existe. ^^ Ils savaient tous skier depuis l'enfance, partaient faire du bateau l'été avec leurs parents. Aucun d'entre eux n'avait un IMC supérieur à 23. Aucun. La majorité est devenue notaire. Moi je me suis tirée au bout d'un an, je n'avais rien à foutre là-bas. Ma mère m'en a tellement mis plein la tête que je lui ai dit que je lui rembourserais les 2500 € de frais d'inscription. En fait je lui ai dit ça pour avoir la paix, pour qu'elle arrête de m'en mettre plein la tête, mais des années plus tard elle m'en reparle encore en me disant : "Tu m'avais dit que tu me rembourserais. Alors tu me rembourseras quand je changerai de voiture". Si ma voiture à moi me lâche c'est pas grave, j'irai bosser à pied depuis ma cambrousse, hein...

Et puis il y a eu Aymeric. L'archétype du garçon des quartiers chics, avec son teint hâlé, ses cheveux longs et son pull Lacoste avec la chemise blanche en-dessous. Il était super beau et, fait notable, il était super sympa. Accessible. Je m'entendais très bien avec lui. Il m'attirait. Je pense que je lui plaisais aussi, maaaais... fucking milieu social. Les torchons et les serviettes qui se mélangent, ça n'existe que dans les films, pas dans la vraie vie. Un jour, sur son statut Facebook j'ai écrit une blague pour le faire rire, et là, son amie Apolline de Cambourg s'est méchamment moquée de moi alors que personne ne l'avait sonnée. Je l'ai envoyée bouler ; elle m'a répondu : "Susceptible ?" J'ai effacé ma blague.

(Apolline de Cambourg est devenu médecin).

En vieillissant j'apprends à accepter d'où je viens et à m'affranchir de cette classe dont je ne ferai jamais partie. (et quelque part, à m'affranchir de ma mère). Le problème, c'est qu'avec les gens plus "simples" je ne me sens pas à l'aise non plus. Il y a très longtemps, une collègue de travail qui vivait en logement social m'a appelée "l'intellectuelle". (bon c'était une connasse). J'ai également eu l'occasion de côtoyer des personnes proches du milieu agricole, et je ne me suis pas sentie à mon aise non plus ; ils me prenaient pour une intello. Pourtant je ne suis pas du genre à ma la raconter, ni à étaler ma science ni quoi que ce soit. Mais je suis toujours entre-deux eaux, jamais à ma place. 

(j'avais écrit plusieurs paragraphes pour illustrer mon propos sur une personne qui a chopé les couilles et le carnet d'adresses de son mari pour grimper socialement, mais je ne suis pas satisfaite de ces lignes donc je les supprime. Je n'ai pas envie de dire du mal des gens aujourd'hui. La maturité sans doute :-D )

Quelquefois je me dis que si j'avais bossé à la fac, j'aurais pu aller très loin. J'avais les capacités intellectuelles. Le problème, c'est qu'avec mes conditions familiales c'était tout simplement impossible d'y arriver (contrairement à ce que prétend ma mère. Elle a le culot de dire que j'avais tout pour réussir. LOL). Et maintenant c'est trop tard.

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