Le blog de Dawn Girl

19 avril 2018

Mon coming out autistique - phase 1

Moi qui me demandais il y a quelques semaines comment j'allais faire mon coming out... Et bien, ma mère m'y a aidée. Dans d'autres circonstances je l'aurais maudite de se mêler de mes affaires, mais là je dois reconnaître qu'elle m'a rendu service en me mettant le pied à l'étrier.

Je vous explique : avant-hier, elle me parle d'une émission qu'elle a vue sur les autistes Asperger, et elle me dit que les enfants atteints du syndrome ont tendance à crier et à faire des colères. Elle a donc fait le lien avec ma fille (qui crie et fait beaucoup de colères) et m'a déclaré très naturellement : "Je me demande si Alice n'est pas Asperger".

 

J'ai coupé court en lui rappelant que ma fille a 2 ans (un cap difficile chez les petits) ; qu'elle a commencé à aller chez la nounou, qu'elle est dotée d'un caractère de merde ; bref tout cela donne un cocktail pas très glop pour ses parents ; en-dehors de ça elle ne présente pas de trouble inquiétant au niveau du développement. On verra quand elle sera plus grande ; à 2 ans c'est beaucoup trop tôt pour parler de ces choses-là. On a suffisamment à faire avec sa surdité et son petit problème de motricité globale.

 

Par contre, je lui ai dit que je pensais depuis longtemps avoir "ça" (je n'ai pas prononcé le mot "autisme") que j'avais commencé à me renseigner mais qu'il fallait attendre 3 ans pour un diagnostic, que le dossier de demande d'évaluation était d'un simplisme à pleurer, que j'allais devoir trouver un psychiatre qui accepterait de me prendre (ce qui équivaut à trouver un ophtalmo ou un orthophoniste dans la région), et que ça me gonflait que ce soit aussi compliqué.

Comme je m'y attendais, elle n'a pas été étonnée du tout. Elle m'a redit que je me tapais la tête contre le matelas quand j'étais petite. Elle a pris l'initiative d'en parler au médecin lors d'une consultation (on a le même médecin traitant) ; le médecin lui a demandé si elle pouvait m'en parler. La prochaine fois que j'irai la voir (sans doute d'ici 2 mois pour mon renouvellement de pilule), elle abordera donc le sujet avec moi. Il va falloir que je prépare ça sérieusement, que je liste mes symptômes et que je me dégonfle pas. Il y en a dont je parle facilement, et d'autres beaucoup moins.

 

La réaction de B. a également été à la hauteur de ce que j'attendais : il n'y croit pas. Il ne croit pas à ce truc-là ; il ne voit pas ce que ça changera dans ma vie d'avoir un diagnostic. Mon hypermnésie des chiffres, des dates et des numéros de téléphone ? "T'as une bonne mémoire, c'est tout". Le fait qu'un bruit m'insupporte au point de péter un câble ? "T'es sensible aux bruits, c'est tout". Ma lubie des lignes de bus et des préfectures quand j'étais petite ? "Ca t'intéressait, c'est tout". Le fait que j'associe des mots avec une couleur, un goût ou une odeur ? "Bah je sais pas".

Putain il m'éneeeeeeerve quand il est buté comme ça. Cela fait très longtemps que je lui dis qu'il a des oeillères. Il s'en tient à ce qu'il voit juste devant lui, sans jamais essayer de voir les choses au-delà de l'horizon, ou au moins avec un regard différent. Et encore, il a évolué sur beaucoup de points depuis qu'il est avec moi. Je n'ose imaginer ce que c'était avant, avec l'état d'esprit étriqué de Madame B qui est restée bloquée en 1964.

BREF inutile de dire que je ne me suis pas fatiguée à lui développer le volet "relations sociales très difficiles malgré les apparences", parce que ça m'aurait encore plus énervée. Je lui ai dit : "Voilà pourquoi je ne t'en ai jamais parlé ; je savais que tu réagirais comme ça. Je n'aborderai plus ce sujet avec toi".

Donc voilà, je ne pourrai aucunement compter sur le soutien de mon conjoint à ce niveau-là, vu que d'après lui je me fais des films. C'est bien triste.

Peut-être que je n'ai pas d'Asperger. Peut-être que je n'ai même pas de TSA. Mais j'ai besoin d'avoir des réponses à mes questions, j'ai besoin que quelqu'un d'extérieur donne son avis sur mes symptômes. Mon mal-être est trop ancien et trop profond pour que je mette un mouchoir dessus. Je suis persuadée que je me sentirai mieux après.

 

C'est là que je me dis que ça va être très difficile de convaincre les professionnels de santé qui vont examiner mon dossier, et que j'ai intérêt à tourner mille fois mon stylo dans ma main avant d'écrire les raisons qui m'incitent à demander un diagnostic. J'ai une vie en apparence normale, et même en matière d'autisme, ce sont les apparences qui comptent. La France a tellement de retard concernant la prise en charge, ça fait vraiment peur.

Bref prochaine étape : en parler avec mon médecin traitant ; là pour le coup j'ai le dos au mur ! ^^

 

Posté par Dawn Girl à 17:08 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

06 avril 2018

Hypnose séance 2

Lors de ma première séance, je vous avais dit que j'avais les paupières qui tressautaient car j'étais trop nerveuse. J'ai appris hier, lors de la seconde séance, que ce n'était pas ça du tout.

En effet, quand je me suis allongée sur le fauteuil j'ai à nouveau senti mes yeux bouger. Je me suis dit "détends-toi, merde". Et puis, en essayant de visualiser ce que je ressentais, j'ai compris qu'en fait, derrière mes paupières mes yeux bougeaient de gauche à droite très rapidement, comme lors du sommeil paradoxal ; sauf que je ne dormais pas. Et là je me suis dit PUTAIN c'est un truc de ouf, mes yeux bougent tous seuls à 900 km/h alors que je suis là, bien réveillée. Mais COMMENT elle fait ça ????

Au bout de quelques minutes mes yeux ont arrêté de bouger ; je n'ai pas osé lui demander si cela signifiait que je n'étais plus en état d'hypnose (et dans ce cas elle perdait son temps), ou si c'était normal. J'ai fait comme pour la première séance, je me suis concentrée le plus possible pour visualiser ce qu'elle me demandait de visualiser. A un moment j'ai eu beaucoup de mal parce qu'une putain de quinte de toux est venue me chercher (j'ai une laryngite) alors que c'était VRAIMENT PAS LE MOMENT bordel. Lors de mon réveil, l'hypnothérapeute m'a dit "Vous avez eu du mal à l'imaginer, votre bulle de sérénité". Tu m'étonnes Simone. 

Dans 48 heures je serai dans l'avion. Le retour aura lieu le 11 avril tôt le matin. Je ne me sens plus oppressée comme c'était le cas auparavant. Je n'ai pas perdu de vue qu'un accident peut arriver, mais ça ne me bouffe plus les entrailles façon dragon géant. J'espère que je vais garder cet état d'esprit jusqu'au bout, et pas seulement pendant quelques heures. Le fait de laisser ma fille pendant 3 jours reste très difficile, pour moi comme pour elle :'-(

Y'a plus qu'à...

Posté par Dawn Girl à 12:48 - Commentaires [3] - Permalien [#]
03 avril 2018

Ma maison fantasme, le retour

Je ne sais pas si vous vous souvenez ; il y a quelques mois je vous avais parlé de la maison de mes rêves. En 2013, alors qu'elle était à louer, la proprio avait tout fait pour nous dégoûter et qu'on renonce à la visiter ; et de plus elle exigeait qu'on gagne 6 fois le montant du loyer. J'en avais gardé une immense frustration.

Je viens de retrouver cette maison à un endroit tout à fait inattendu... sur AirBnb ! N'importe qui peut la louer à la nuit, comme n'importe quel logement au bord de la mer (sauf que là c'est dans une petite ville de la banlieue rennaise o_O). En fait, je soupçonne le locataire de la sous-louer... Mais bon bref au fond je m'en fous ; ça m'a permis de voir plus de photos.

Bah putain quelle déception ! Je m'en étais fait tout un fantasme ; j'ai eu l'impression de croquer dans un chocolat dégueulasse (c'était Pâques avant-hier, je suis à fond dans l'actualité tavu). Aucune déco, aucune âme ; des chambres microscopiques et un carrelage tristounet. En plus d'après les commentaires la 4 voies passe juste à côté et le ménage n'est jamais fait. Bref, de la confiture à des cochons !!!

J'essaierai d'en trouver une de la même forme (triangulaire) au fond des montagnes pour une location de vacances, mais pour celle-là aucun regret !

Pour les curieux, voilà la maison : par ici

Posté par Dawn Girl à 12:16 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
15 mars 2018

Hypnose - séance 1

Jeudi 8 mars a eu lieu ma première séance chez l'hypnothérapeute. Le rendez-vous était prévu de longue date ; j'étais très stressée car j'avais peur de me retrouver dans un état second et de paniquer. En fait, cela ne s'est pas du tout passé ainsi.

 On s'est d'abord installées dans des fauteuils l'un en face de l'autre. Comme la première fois au téléphone, elle m'a demandé si j'avais vécu des choses difficiles dans le passé. Il a fallu à peu près une demi-seconde pour que je me retrouve en mode fontaine option morve ascendant serpillière... :-S

 J'ai tout sorti dans la même phrase : ma-mère-était-alcoolique-mon-père-m'a-rabaissée-je-me-suis-fait-avorter.

C'est là que je me rends compte à quel point mon avortement me bouffe la vie, à quel point je m'en veux. Ce bébé-fantôme me hante quotidiennement. Pas un seul jour sans que j'y pense depuis 6 ans... Je ne sais pas quoi faire pour poser cette valise.

Elle m'a dit que j'avais fait un acte d'amour ; que cet enfant aurait été malheureux si je l'avais gardé. Je suis entièrement d'accord avec cela. Je n'ose même pas imaginer ce que je serais devenue, ce qu'on serait devenus. Je n'aurais jamais tenu le coup ; je lui aurais peut-être tapé dessus ou pire encore. Je ne ferais pas le métier que je fais aujourd'hui ; je ne serais pas avec B. et ma fille ne serait pas là. J'aurais tout foiré.

Mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que j'ai arrêté violemment une vie.

On a ensuite parlé de B. et de l'attitude que j'ai parfois avec lui. La peur de l'abandon ressort souvent dans mon histoire. Enfin on a évoqué ma peur de prendre l'avion et de mourir dans un crash, comment elle est apparue, etc.

 Elle a plongé la pièce dans la pénombre et m'a demandé d'allonger le fauteuil. Puis j'ai fermé les yeux et je me suis laissée guider par sa voix. J'ai visualisé ce qu'elle me demandait de visualiser ; elle a utilisé ce que je lui avais dit précédemment sur mon passé. Au début j'étais tellement tendue que mes paupières tressautaient et que je n'arrivais pas à garder les yeux fermés, c'était assez pénible. Au bout de quelques minutes j'ai senti que je me détendais, que mes mains s'ouvraient et que mes jambes se relâchaient. J'ai alors essayé de me concentrer le plus possible. C'était comme une histoire qu'elle me demandait d'imaginer, avec moi à l'intérieur. Il y a eu des moments où les larmes ont coulé.

 C'est difficile de dire si ça a fonctionné : j'avais entendu dire qu'on était dans un état de conscience modifiée or je me sentais "normale". J'avais juste les yeux fermés. Il y a bien un moment où je me suis sentie vaguement "planer", mais ça n'a duré que quelques secondes.

J'ai toujours peur de monter dans l'avion (et en plus j'ai appris que je dois le reprendre en septembre ; en effet le séminaire professionnel de merde annuel aura lieu à Lyon et on y va en cercueil volant......). Par contre je commence davantage à me projeter, à imaginer les lieux que je vais visiter. J'ignore si c'est signe que ça va mieux.

 J'ai une deuxième séance prévue le 5 avril, soit trois jours avant le départ pour l'Italie ; elle m'a dit que durant cette séance on travaillerait sur la peur de l'avion à proprement parler. Si je trouve un moyen de poster avant le départ, je vous dirai comment cela s'est passé.

 

Posté par Dawn Girl à 17:19 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
04 mars 2018

Mon (mes ?) secret(s)

Petite intro : Alors déjà, je vous préviens que cet article est long comme un jour sans pain (coucou l'Averse qui aime cette expression). Je pensais que j'allais mettre 10 ans à pondre cet article ; je viens de l'écrire quasiment d'une traite (bon il est plus d'une heure du matin mais qu'importe). Je vous livre là ce que j'ai de plus intime ; des choses que personne ne sait, absolument personne. Pas même mon mec qui vit avec moi. Parce qu'il y a des choses qui sont plus faciles à balancer sur la Toile qu'à la maison. Si je le fais un jour, ce sera un véritable coming out. Vous allez certainement me voir différemment après avoir lu tout ceci (enfin si vous allez jusqu'au bout du pavé). Je m'excuse d'avance si je me répète par moments ou si le récit est décousu, mais j'ai écrit (presque) sans réfléchir.

 

Il existe une photo de moi petite, prise dans le jardin de mes grands-parents. Je dois avoir 18 mois. Je souris, mais pas à la personne qui me prend en photo. Je souris en regardant le ciel. Ma mère a fait agrandir cette photo, et l'a accrochée sur un mur du couloir dans son ancien appartement. Elle y restée pendant 25 ans. Elle m'a dit un jour, à propos de cette photo : "Tu communiquais avec quelqu'un qui n'était pas là".

 

Un autre jour, elle m'a vue me taper la tête contre le matelas de mon lit, et elle s'est dit : "Merde, elle est autiste". Cela ne s'est produit qu'une seule fois.

 

J'ai marché, parlé et été propre à un âge "normal". J'ai su lire et écrire plus vite que les autres. Sur les photos, je souriais comme n'importe quel enfant. En revanche, j'étais timide, rêveuse et assez solitaire. J'avais toujours une copine à l'école, mais une seule. Etant fille unique et très seule à la maison (pas de père, une mère qui faisait des horaires de merde pour me nourrir, et des grands-parents pas très démonstratifs), cela ne paraissait pas étonnant. La maison était pleine d'objets anciens (ma grand-mère collectionnait les poupées en porcelaine et les antiquités) ; le soir je devais aller me coucher seule à l'étage et l'escalier en marbre plongé dans le noir me faisait peur. Alors je chantais pour me donner du courage.

 

J'ai eu des horribles terreurs nocturnes. Je vomissais quasiment toutes les nuits. J'étais vraiment très anxieuse, profondément angoissée.

J'ai commencé à avoir mes premières lubies : je lisais le dictionnaire et je rigolais (je ne m'en souviens pas). Puis ce fut les lignes de bus de ma ville. Puis les feux tricolores. Il y avait des feux sur portique qui clignotaient orange dans la ville d'à côté ; je demandais pourquoi certains clignotaient au milieu et d'autres en bas. Un jour ma mère m'a dit : "Tu me soûles avec tes feux".

Je mangeais toujours les gâteaux par deux ; il était hors de question d'en manger trois. Il fallait que ça tombe juste.

 

CE1. Après une école maternelle de merde où les insitutrices brutalisaient les enfants et où je me faisais harceler (seul rayon de soleil : ce jour où, avec une fille de ma classe, on a couru l'une vers l'autre dans la cour de récréation et où on s'est jeté l'une dans les bras de l'autre), je me suis retrouvée dans une très bonne école primaire. Ma meilleure copine était une fille dont les parents étaient divorcés, comme moi. Il y avait une jeune femme qui donnait des cours de peinture sur soie, Nicole. Je la trouvais tellement belle. D'ailleurs j'ai un jour déclaré à ma mère : "J'aime Nicole". Pendant toute la primaire, j'ai espéré qu'elle revienne donner ses cours, mais elle n'est jamais revenue.

 

A la fin de la primaire, mon père a commencé à me prendre chez lui un week-end sur deux, et ma mère a commencé à boire de façon pathologique. J'ai commencé à prendre du poids et à essuyer des moqueries. Pas de bol, je ne grossissais que du bas. J'avais une copine qui était gentille avec moi, mais je n'arrivais pas à accueillir cette gentillesse. Alors j'avais des réactions méchantes. Je lui parlais mal et je lui tapais la tête. Je pleurais souvent, je me sentais nulle.

Il y avait cette fille, Elodie, qui me fascinait. Je rêvais d'être son amie, mais elle était inaccessible car tout le monde l'adorait. Je lui ai écrit une lettre un jour ; j'avais écrit "personnel et confidentiel" sur l'enveloppe. Elle ne m'en a jamais parlé, mais elle est venue discuter avec moi. Ca a duré deux jours, et puis elle est repartie avec sa copine Adeline, une connasse avec une tête de hamster que j'ai revue vingt ans plus tard complètement par hasard et qui était toujours aussi bête.

 

Je me suis mise à ramasser les paquets de cigarettes vides dans la rue. C'est hallucinant le nombre de paquets de clopes que les gens jettent par terre. Je me suis constitué une véritable collection : Marlboro rouges et light, Camel de toutes les couleurs, cigarettes au menthol, Royal Pêche Abricot, Gauloises Caporal... Ma cousine m'aidait. J'ai exposé fièrement mes trophées sur l'étagère de ma chambre, puis je les ai reproduits sur une feuille de papier avec des prix en-dessous. J'avais mon propre bureau de tabac, j'étais fière. Ma mère trouvait ça dégueulasse.

 

Scolairement, j'avais des capacités. J'étais excellente en français ; jamais une seule faute d'orthographe ; à tel point que j'ai été citée en exemple par mon instit de CM1. J'aime la langue française, je la trouve tellement belle, tellement noble. Les fautes d'orthographe me font horreur ; j'en suis malade quand je vois des fautes sur un document notarié ou même dans un livre :-S Je suis persuadée que l'orthographe parfaite disparaîtra un jour. Et ça me tue.

En revanche, je suis totalement hermétique aux maths. Pourtant j'ai essayé. Mais rien à faire. J'ai passé 15 ans à souffrir ; le feu d'artifice final a été mon 4/20 en maths au bac.

Le dessin, pareil. Je suis la pire dessinatrice de la Terre entière. Je ne sais RIEN dessiner, pas même un pied. RIEN. Mes camarades de classe voyaient le cours d'arts plastiques comme une détente ; moi je voyais ça comme une torture. Ma prof d'arts plastiques de 3ème avait pitié de moi, elle était gentille. Elle me mettait 14 pour me faire plaisir.

 

Ne parlons pas du sport, où ma maladresse couplée à mes rondeurs disgracieuses ont fait de moi la plus mauvaise élève d'EPS qu'on ait jamais vue. Je me regardais dans la glace et je me trouvais horrible. Je me disais que jamais un garçon ne s'intéresserait à moi. Jamais. D'ailleurs ils se chargeaient bien de me le rappeler chaque jour, avec leurs cris de cochon et leurs bruits de flatulence quand je passais près d'eux. Mon pire cauchemar ? La gym aux agrès. Ca m'a hantée jusqu'en terminale.

 

Paradoxe rigolo (ou pas) : j'adore les chiffres. Je suis une brèle en maths mais j'adore les chiffres. J'ai très tôt développé une fascination pour les dates. Je me souviens encore des dates de naissance et de mort de Gabriel Fauré, inscrites sur la plaque de la rue où vivaient mes grands-parents (1845-1924). J'ai toujours retenu TOUTES les dates d'anniversaire, tous les numéros de téléphone. Je me souviens encore des indicatifs qui suivaient le "99" sur les numéros de téléphone à 8 chiffres et qui indiquaient d'où provenait l'appel : 79 pour le centre ville de Rennes, 81 ou 82 pour Saint Malo, 46 pour Dinard... Aujourd'hui encore, ma collègue hallucine quand le téléphone sonne et que je lui sors : "Tiens, 83 c'est soit untel soit untel".

 

Le collège, où le harcèlement scolaire a été le plus fort, a paradoxalement été merveilleux pour moi. Parce que je m'évadais dans ma tête. J'allais mal, mais je m'allongeais dans mon lit avec ma musique et là j'étais bien. J'étais populaire. Tout le monde m'aimait. Et je souriais.

M'évader je n'avais pas le choix, puisque ma mère buvait et que mon père me disait que j'étais grosse, moche et nulle. Ils m'ont tous les deux laissée tomber, chacun à leur façon. Il n'y avait personne pour me valoriser, mais à l'époque je ne pensais pas que des parents pouvaient valoriser leurs enfants. Je croyais juste que j'étais plus sensible que les autres. Trop sensible.

 

Et puis j'ai grandi. J'ai mis beaucoup plus de temps que les autres à faire les choses : premier petit boulot à 21 ans, permis de conduire à 23 ans. Première fois avec un homme à 23 ans aussi... c'était B. J'y arrivais, mais je galérais. Je me forçais à sortir le soir, dans les bars ou en boîte, mais je n'étais pas à l'aise. Je me sentais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. L'atmosphère de la nuit était agressive, dangereuse. J'avais peur de mourir. J'avais juste envie de rentrer chez moi, retrouver mes livres, ma musique et mon ordinateur.

Mes études ont été en dents de scie également ; je sabordais tout ce que j'entreprenais à cause de la relation de co-dépendance que j'avais avec ma mère. Au fil des années, j'étais devenue la mère de ma mère et c'était horriblement étouffant. Je ne savais pas comment de dépêtrer de tout ça pour juste être COMME TOUT LE MONDE.

 

J'y suis arrivée. A avoir une vie "normale" : un boulot stable, un compagnon, un enfant... J'ai mis presque 33 ans.

 

Depuis toutes ces années, je m'auto-analyse. Régulièrement, un noeud se défait, deux pièces de puzzle s'assemblent. Mais il y a encore des zones d'ombre, et je pense qu'il me faudra une vie entière pour tout comprendre.

J'avais déjà entendu parler des troubles "dys" : dyspraxie, dyscalculie, dyslexie... Et puis j'ai vu des personnes atteintes du syndrome d'Asperger témoigner, dire qu'elles se sentaient agressées par un son, une lumière... Je les écoutais et j'étais fascinée. Je me suis demandée si je n'étais pas comme elles.

 

Ce que je vais vous dire, je ne l'ai jamais dit à personne. J'ai peur de passer pour une folle, et j'ai une trouille bleue que ces mots sortent de ma bouche ; et pourtant il va falloir que je les prononce un jour :

j'associe certains mots avec une couleur, voire un goût ou une odeur. C'est lié soit à un souvenir, soit à une sonorité voisine. Certains mots me dégoûtent, genre "cinq" ou "soixante". Ces mots puent. Je parle très souvent toute seule ; je fais attention parce que quelqu'un m'a déjà vue parler toute seule dans la rue et j'ai cru qu'il allait appeler une ambulance. Quelquefois (souvent, même), un mot me vient à l'esprit ; je suis dans ma voiture par exemple. Et bien je vais dire plusieurs fois le mot à voix haute. Comme ça, pour le fun. Parce que je ne peux pas m'en empêcher. Pendant des années et des années j'ai compté les syllabes quand les gens parlaient. Avec deux index et deux pouces et il fallait que ça tombe juste pour que j'arrête. Depuis toute petite, il m'arrive de penser à un mot ou un chiffre et de l'écrire avec mon doigt, dans le vide. Je crois que B. m'a déjà grillée à le faire d'ailleurs.

 

J'ai beaucoup de mal à parler. Si je me concentre, je parle très bien. Avec un débit de mitraillette, mais ça je n'y peux rien. Si je ne me concentre pas ou que je suis fatiguée, les mots se bousculent à la sortie de ma bouche et j'ai l'air d'une grosse débile. Je sais qu'il y a des gens qui se moquent de moi à cause de ça. Ma mère m'a déjà dit : "Tu mâches tes mots, tu bouffes des syllabes". Je lui ai répondu "Mais je t'emmerde !!!". Je voue une admiration sans bornes aux personnes ayant une belle élocution. Pourtant j'adore parler en public. Coucou le paradoxe (bis)...

 

Toutes ces réflexions ont fini par m'amener à ceci : je pense être atteinte d'un trouble autistique.

 

Voilà, c'est dit. Un trouble autistique avec option "sociabilité", mais un trouble autistique quand même. Cela expliquerait tout : le sourire au ciel quand j'avais 18 mois, ces tocs bizarres, le fait que je me sente très mal à l'aise avec certaines personnes alors que je suis très à l'aise avec d'autres ; le harcèlement scolaire parce que j'étais "différente", mes lubies étranges comme apprendre par coeur le plan de Rennes ou les départements français et leurs préfectures, cette solitude extrême, le fait de répéter les mêmes choses sans m'en rendre compte, ma phobie des soirées mondaines, mon problème d'empathie extrême quand il ne faut pas, mon nombre d'amis très réduit, etc etc..... Depuis quelques jours cela s'impose comme une évidence. J'ai fait deux tests sur internet ; mon score crève le plafond (bon, il est bien précisé dessus qu'ils ne remplacent pas un diagnostic).

 

J'ai lu un article sur un jeune homme breton qui a été diagnostiqué Asperger par l'hôpital de Brest et qui se sentait mieux depuis. J'ai donc contacté l'hôpital de Brest pour me faire diagnostiquer. Trois ENORMES difficultés se trouvent devant moi :

 

****Il faut un certificat du médecin. J'ai confiance en mon médecin. Je lui ai parlé de mes infections vaginales et de mes hémorroïdes. Elle m'a déjà fait des palpations mammaires. Elle m'a vue en mode paquet de morve quand je pleurais sur son bureau à cause de ma mère. Je sais que c'est quelqu'un de bien, elle me l'a déjà montré.

MAIS. Bizarrement, dire "j'ai une mycose à la chatte" est beaucoup plus facile que dire "je pense avoir un trouble autistique". J'ai peur de chialer (putain je dis tout le temps ça), de mal parler... Le problème, c'est que quand on ne me connaît pas, j'ai l'air normale. Elle va me regarder comme une timbrée en me disant : "Mais n'importe nawak, tu as une vie normale ! Les autistes ils sont asociaux, ils se tapent la tête contre les murs... Toi tu as un mari et une fille, un travail... Autiste, ha ha ha ha elle est bien bonne celle-là. Allez, remballe ton dossier et je vais prendre ta tension".

Vous noterez que je sors le gros cliché pourri de l'autiste qui se tape la tête contre les murs, ce qui n'est pas sympa pour elle d'ailleurs car elle est compétente et c'est évident qu'elle n'a pas cette vision étriquée de l'autisme.

Alors elle va peut-être me demander de lui donner des détails sur le pourquoi je pense être autiste. Et là... ça va être compliqué. Parce que tout ce que je vous balance là, c'est facile à écrire à des gens qu'on ne connaît pas ou peu. Mais à quelqu'un qui me connaît en vrai, et a fortiori mon médecin, putain que ça va être dur. Je ne sais pas si j'en serai capable. J'ai tellement peur qu'elle me prenne pour une demeurée :-S

 

****Leur questionnaire est vraiment trop réducteur... Les questions sont du style "vivez-vous seul?" "Etes-vous en invalidité ?" Super, donc autiste = forcément travailleur handicapé qui vit chez papa et maman à 44 ans ? Si c'est leurs critères pour accepter un diagnostic, autant dire que je n'ai aucune chance... Il y a un endroit, en bas du questionnaire où on peut exprimer librement nos attentes et nos inquiétudes ; autant dire que là je vais devoir mettre le putain de paquet pour convaincre.

 

****Ils m'ont gentiment indiqué que leurs délais pour un diagnostic était de PLUS DE TROIS ANS.

 

Voilà voilà... C'est pire qu'un concours. J'ai fait un pas en avant ; reste à savoir si j'arriverai à continuer. Le plus difficile reste à faire.

 

Sans transition :

 

J'ai fini par écrire le petit mot de remerciement pour l'hépatologue de ma mère. J'ai suivi les conseils de l'Averse : je l'ai jouée soft, sur une feuille format A4. J'ai écrit quelque chose de simple et de concis, avec une écriture appliquée (habituellement j'écris très mal). Je pense que c'est bien ; j'ai juste triché sur internet pour la formule de politesse car je ne me voyais pas conclure par un lapidaire "cordialement".

Finalement je n'ai pas précisé que je ne voulais pas qu'elle parle de ce courrier à ma mère ; j'espère qu'elle ne le fera pas. En fait, je crois que j'ai peur que ma mère se foute de ma gueule si elle l'apprend. Et ça me fatigue de me justifier. J'avais envie de la remercier, je l'ai remerciée, voilà...

 

Je n'attends pas de réponse ; en même temps ça ferait bizarre qu'elle me remercie pour mes remerciements. J'espère juste qu'elle sera touchée et qu'elle se dira qu'elle a vraiment eu raison de se battre pour le dossier de ma mère. Je ne suis pas dans la peau d'un médecin, mais j'imagine qu'ils doivent apprécier de recevoir un "merci" au milieu de l'immense stress quotidien de leur boulot. Je ne sais pas s'ils se rendent compte qu'ils sauvent VRAIMENT des vies.

Posté par Dawn Girl à 22:44 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

19 février 2018

Le secret de Laurence

Il y a quelques jours, j'ai entendu parler par hasard d'un "jeu" intitulé "Le secret de Laurence". Un site interactif où on peut entrer dans un appartement, fouiller et photographier des indices pour essayer de découvrir quel est le secret de Laurence. Plus de 7000 personnes ont joué ; seules trois (voire aucune selon d'autres sources) ont trouvé que Laurence était alcoolique.

Je suis allée voir l'appartement en question et je dois avouer que ça m'a bouleversée ; vous vous doutez pourquoi. J'ai trouvé des similitudes avec l'état dans lequel était l'appartement de ma mère il y a un peu plus d'un an : nourriture périmée dans le frigo, taches par terre, chewings gum à la menthe, magazines non déballés, brosse à dents ensanglantée... Le logement de Laurence était cependant relativement rangé et propre comparé à celui de ma mère, pour qui j'aurais pu ajouter : boîte aux lettres pleine à craquer, très forte odeur d'urine, légumes pourris dans leur sac plastique, vaisselle moisie dans l'évier, toilettes sales, litière des chats tellement dégueulasse qu'on ne voit plus les graviers, sol de la chambre jonché de courriers pas ouverts / jetés dans un coin / pleins d'urine séchée, énorme tache d'excréments séchés sous le lit, matelas sans drap housse... et j'en oublie. Il faut dire que Laurence, si elle était bien alcoolique, n'évoluait pas dans le même contexte social que ma mère.

 

Car Laurence existe en chair et en os, et l'appartement du jeu n'est autre que le logement qu'elle occupait lors de sa maladie. Laurence, c'est Laurence Cottet, une ancienne cadre de chez Vinci, qui souffrait d'un alcoolisme "mondain" et qui un jour, s'est écroulée devant 650 personnes lors d'une cérémonie professionnelle. Elle a été licenciée suite à cet incident, s'est fait prendre en charge et est  abstinente depuis 2009.

Ma mère est abstinente depuis début 2017 mais elle restera toujours fragile. ON restera toujours fragile. Je l'ai portée comme un fardeau pendant plus de vingt ans et la plaie est toujours à vif. Dès qu'elle ne répond pas au téléphone, je m'inquiète. Dès qu'elle a la voix un peu pâteuse, je m'inquiète. Dès que j'en parle, j'ai les larmes aux yeux. C'est pour ça que j'appréhende tellement ma visite chez l'hypnothérapeute, et plus tard (j'espère) chez la psychologue. J'en ai marre de pleurer pour ça. J'ai versé des hectolitres de larmes à cause de ma mère, et encore aujourd'hui, alors qu'elle n'est plus en danger de mort immédiat, je continue encore de pleurer. J'ai l'impression que la source ne se tarira jamais.

 

Bref, pour en revenir au jeu, je trouve cette idée de visite virtuelle d'appartement géniale. J'aurais voulu l'avoir. Je pense que seuls ceux qui ont eu un proche alcoolique peuvent mesurer l'extrême tristesse et la solitude infinie que cet appartement représente. Est ce que j'aurais trouvé le secret de Laurence si j'avais joué avant que la clé de l'énigme soit dévoilée ? Je ne sais pas, peut-être... Quand on sait, c'est facile.

 

L'alcoolisme est tabou, mais l'alcoolisme féminin c'est encore pire. Une femme, ça doit être sexy et distingué. Une femme, au pire ça sirote une coupe de champagne. Mais une femme alcoolique, c'est sale, moche, dépravé, honteux. Une femme alcoolique, ça doit se cacher. Ca doit masquer les dégâts avec beaucoup de blush, du fond de teint et des Frisk qui arrachent la gueule.

Sauf que quand c'est ta femme ou ta mère qui titube, tu ne peux pas te cacher les yeux. Et l'alcoolisme féminin, il FAUT en parler. Elles sont combien, à crever d'arrêts cardiaques ou de varices oesophagiennes au fond de leur appartement transformé en décharge publique ? Combien de conjoints ou d'enfants pleurent parce que l'une d'elles picole ? Combien se retrouvent dans une relation de co-dépendance, à devenir le parent de leur mère et à perdre à jamais leur place d'enfant ? Des milliers apparemment. Je suis loin d'être toute seule, même si je l'ai cru pendant des années. Ma mère a été sauvée grâce à sa volonté of course, mais aussi grâce à la ténacité d'un médecin qui a défendu son dossier et s'est battue pour qu'elle bénéficie d'une greffe. Ca fait un moment que je souhaite envoyer un mot de remerciement à ce médecin d'ailleurs, pour tout ce qu'elle a fait. Mais je n'ose pas. Si je le fais, je ne veux pas que ma mère le sache ; or ma mère est toujours suivie par ce médecin.

 

Pour ceux que ça intéresse, voici le lien vers "Le secret de Laurence".

 

Posté par Dawn Girl à 15:38 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
02 février 2018

L'art d'être malade 2.0

Les zamis, je suis officiellement en état de décomposition avancée ah non ça je l’ai déjà dit atteinte de l’addiction à internet. Ou au téléphone. Ou à Facebook. Ou tout ça à la fois. En tout cas mon corps commence à rejeter les écrans ; je le ressens vraiment physiquement.

J’avais déjà senti qu’il y avait un problème au mois de septembre, durant mon séminaire professionnel : je me suis réveillée le premier matin avec un œil rouge, mais vraiment ROUGE écarlate ; le truc qui met trois jours à passer ; j’étais vraiment gênée :-S Je me suis dit que les gens allaient imaginer que je me droguais. Après coup je me suis demandée s’il n’y avait pas un rapport avec le fait d’être sur mon téléphone dès 6 heures du matin, et jusque tard dans la nuit (on se tapait des journées de fou avec des nuits courtes ; et dans une chambre d’hôtel on s’ennuie).

Je n’ai pas de connexion internet chez moi (bled paumé + vieille bâtisse = ça ne passe pas). Je passe donc beaucoup de temps sur mon téléphone. Beaucoup trop de temps. Si je ne fais pas attention, j’y passe des soirées entières ; quasiment toute ma pause déjeuner le midi et même un peu au boulot quand mon patron n’est pas là. 90 % du temps je suis sur Facebook.

Il y a quelques temps, je me suis tapée un gros mal aux yeux. Pendant plusieurs jours. J’avais beau prendre du Doliprane, ça ne me faisait pas grand-chose. Ca a fini par passer. Puis ça a été des maux de tête. Trois jours d’affilée.

C’est là que j’ai réalisé que j’étais accro. Quand je ne suis pas sur mon téléphone, je ne sais pas quoi faire de mes mains. J’ai pourtant une fille… Bref je crois que je suis passée au stade « addiction » depuis un petit moment déjà. J’essaye donc de faire des efforts ; de ne plus passer mes soirées dessus ne serait-ce que par respect pour l’homme qui partage ma vie. Mais j’ai tendance à compenser par des jeux de gestion du temps sur mon ordi, ce qui n’est pas mieux au final. J’ai vraiment du mal à rester en place si je ne suis pas dans un autre monde. Ce qui traduit un malaise, blablabla.

Alors vous allez me dire que comme toute addiction, il faut se soigner. L’ennui c’est que j’ai déjà pas mal de rendez-vous médicaux sur mon seul jour de repos hebdomadaire. Je n’ai pas perdu de vue les coordonnées de la psychologue que mon médecin m’a recommandée l’année dernière et j’ai bien l’intention d’aller la voir. Mais en attendant je dois me débrouiller par mes propres moyens. Je vais déjà parler de ma peur de l’avion et (sans doute) évoquer mon émétophobie à l’hypnothérapeute le mois prochain. Le reste suivra j’espère si je ne meurs pas avant. Je suis convaincue que la peur de la mort englobe tous mes problèmes.

Posté par Dawn Girl à 17:42 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
23 janvier 2018

Avoir un second enfant... ou pas

(exceptionnellement je publie le même billet sur mes deux blogs)

 

Avant d'avoir ma fille, j'imaginais que tout serait facile : un nouveau-né ça dort tout le temps, ça tète et ça fait caca. Fastoche !

 

FAUX. Un nouveau-né, ça dort bizarrement vu qu'il est nostalgique de ton utérus. Un nouveau-né, ça a des coliques. Il faut lui APPRENDRE à téter, à lui mettre la bouche correctement sur le sein et écouter s'il déglutit. Il faut lui faire accepter une tétine de biberon. Il faut le mettre dans son lit, même si ça te déchire le coeur, subir ses pleurs quotidiens parce qu'il n'a pas envie d'être dans son lit, supporter le sempiternel dilemme "laisser pleurer ou pas ?". Un nouveau-né, ça HURLE à cause des maux de ventre. Un nouveau-né, c'est un inconnu que tu viens de rencontrer (même s'il sort de ta chatte on est bien d'accord), et tu dois apprendre à le connaître ; et comme il ne sait pas parler, ben quand il a besoin de quelque chose il pleure. Et ta mission, si tu l'acceptes, c'est de DECRYPTER ses pleurs.

Et puis tu t'inquiètes de savoir pourquoi il pleure, pourquoi il ne fait pas de sieste, pourquoi il régurgite, pourquoi il fait caca, pourquoi il ne fait pas caca, si c'est normal que son cordon ombilical soit tout noir.

Le soir, tu passes discrètement la tête par l'entrebâillement de sa porte pour écouter s'il respire encore. Parce que tu as lu sur internet qu'il y avait environ 2000 bébés français par an qui meurent de la MSN (pas le tchat des années 90, mais la Mort Subite du Nourrisson).

 

Tu te lèves toutes les nuits, tu es naze, tu as les cheveux qui tombent et le périnée en vrac. Il te reste 15 kilos à perdre de ta grossesse et tu as envie d'en foutre une à Elodie Gossuin qui fait sa pub pour XL-S machin alors qu'elle a pondu DEUX fois des jumeaux et qu'elle est mince comme toi sur ta photo de classe de 3ème B.

 

Après, ton enfant grandit ; il te fait des sourires et tu lui fais des gouzi-gouzi. Tu le vois changer, grandir, se mettre assis puis debout, tu craques devant ses petits cheveux qui poussent ; tu commences à lui mettre des converse et à t'émerveiller devant ce mini humain que tu as réussi à faire avec ton petit vuvule (bon oui ya la petite graine de ton mec aussi). Tu trouves cela merveilleux de beauté et tu te dis que le miracle de la vie c'est quand même un truc de ouf.

Puis il passe des petits pots à la pizza, il mange tout seul des morceaux de viande avec sa petite fourchette. Tu lui ordonnes de ne pas GOBER la nourriture mais d'utiliser ces PUTAINS DE DENTS qui l'ont fait hurler de douleur quand elles ont poussé, sinon il va encore vomir l'intégralité de son repas sur le linoléum que tu viens de laver bordel (oui, un bébé ça vomit aussi).

Puis il approche des deux ans et là il commence à s'opposer ; quand il est frustré il tape par terre en hurlant et en poussant des cris bizarres. Une crise de nerfs ? Nope, une colère. Bienvenue dans le terrible two :-)

 

Se pose alors la question du deuxième enfant. Maintenant que le premier bébé n'en est plus un, pourquoi ne pas lui faire un petit frère ou une petite soeur ? Je pense que 90 % des couples ne se posent même pas la question, et youplaboum ils commencent les essais le soir-même.

 

Pas moi.

 

Déjà, il faut recommencer les 9 mois à vomir... Aller chez le médecin et avoir peur de vomir dans sa poubelle, aller faire les courses et avoir peur de vomir au rayon charcuterie (j'avais un sac à vomi dans mon sac à main NE RIEZ PAS), vomir sur la plage (si si je vous jure), vomir chez ta mère, vomir avant le déjeuner, après le dîner, juste avant d'accoucher... Les Aventures de Martine version gerbe.

Recommencer les 25 kilos in the butt (que j'ai toujours pas perdus d'ailleurs). Recommencer la chute de cheveux post-partum où tu as l'impression que tu vas devenir chauve tellement ça tombe. Recommencer la rééducation du périnée (en espérant ne pas tomber sur une ravie de la crèche cette fois. Putain je peux tellement pas voir son sourire de merde que j'ai envie de la frapper quand je la croise au supermarché). Recommencer la peur de la mort subite du nourrisson, les angoisses que ton troll hurle 5 minutes / 30 minutes / 1 heure / 6 heures après que tu l'aies posé dans son lit à barreaux (et même à 21 mois hein... à l'heure où j'écris ces lignes il est 10 heures et elle hurle dans son lit en refusant de dormir). Recommencer les coliques, les poussées dentaires, les colères... Recommencer les vaccins où tu as peur que la chair de ta chair fasse 40 de fièvre après l'injection, ait des convulsions et décède (et ce ne sont pas les conneries écrites sur les groupes anti-vaccins / healthy food / no poo / no bra / touffe pas épilée qui vont te rassurer).

 

Recommencer la galère sans nom de trouver un mode de garde. J'ai compris récemment que si tu ne réserves pas ta place 1 an avant avec ton test de grossesse à la main, c'est foutu. On a été refusé dans la crèche de la ville voisine parce qu'on n'habite pas dans ladite ville... Sauf que dans notre commune de résidence "on prend en priorité les frères et soeurs, et on vient d'apprendre plusieurs grossesses chez des mamans dont les enfants sont déjà ici". Quant aux assistantes maternelles, quand tu vas sur leur site officiel elles ont douze places de disponibles, mais quand tu leur téléphones elles sont complètes jusqu'en 2021. J'ai envoyé un sms à l'une d'entre elles (dont les infos ont soi-disant été mises à jour avant-hier), elle ne m'a jamais rappelée... J'hésite entre me fouetter avec un bouquet d'orties ou me taper la tête contre les murs <3

Puis je dois avouer que je ne suis pas fan des ass mat en fait, je préférerais une place en collectivité.

 

Au début j'étais catégorique ; la boutique était fermée, fini, plus d'enfant. Mais depuis quelques temps je me surprends à me dire "pourquoi pas, finalement". Et puis ma fille fait une colère, et je me dis "non, plus jamais". Et puis elle est mignonne quand elle regarde son livre de Babar et qu'elle fait un bisou en l'air quand je pars travailler, et je me dis "si si, j'en veux une autre !" Et puis elle refuse de faire la sieste. Et puis je caresse ses frisettes blondes. Et puis elle hurle parce qu'elle veut emmener Monsieur Patate au supermarché. Et puis j'ai envie de la manger. Et puis elle tape violemment sur la table basse. Et puis elle me fait un grand sourire. Et puis elle me fait la grimace. Et puis je me souviens à quel point j'ai mal vécu d'être fille unique... Même si c'est pas si mal que ça en fait. Et puis je me dis que mon homme a plus de 50 ans et que père âgé = davantage de risques de problèmes de santé chez l'enfant. C'est un fait, on ne peut pas le nier.

 

Comme vous voyez, je ne cesse de passer du "oui" au "non", puis du "non" au "oui". Je pense que ma fille aimerait plus tard avoir une petite soeur, mais d'un autre côté on est bien tous les trois. Peut-être que si elle a une soeur elles seront comme chien et chat et ne s'entendront pas du tout. Ou peut-être très proches. Alice est particulièrement colérique (et, je pense, difficile pour un premier enfant) ; je me dis qu'un autre sera forcément plus calme. Ou pas...

 

Détail qui a son importance quand même : mon chéri n'en veut pas. En grande partie, je crois, à cause du caractère très fort de notre princesse.

 

Pour finir, avoir un second enfant signifierait pour nous déménager (et trouver un logement social avec 3 chambres équivaut à peu près à chercher une assistante maternelle. Ou une licorne). On est bien dans le village où on habite, ça me ferait vraiment chier de partir.

 

En résumé : je ne suis clairement pas prête, et mon homme encore moins. Peut-être que nous le serons un jour...

 

 

Posté par Dawn Girl à 12:36 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
19 janvier 2018

Défi 8 : aller en Italie ; ajouter un autre à la liste : rester en vie :-S

phobie-avion

 

Mes zamis, je suis officiellement en état de décomposition (très) avancée. Avant-hier, j'ai réservé des billets d'avion. Depuis, la peur de mourir me submerge et menace de me dévorer.

 

Avant, je n'avais pas peur de l'avion. Je l'ai pris plusieurs fois sans me poser une seule question ; je n'imaginais même pas une demi-seconde qu'il y avait le moindre risque. Je suis allée en Tunisie, puis en Chine (11 heures de vol et pas un gramme de stress), en Ecosse, en Crète.

C'est lors du retour de Crète que ma peur de l'avion a commencé : ma cousine m'a refilé son stress. Depuis, il ne m'a plus quittée. Il ne fait que grandir depuis 2012.

 

Ma mère voulait partir à Rome ; ça fait longtemps qu'elle voulait retourner en Italie. J'ai "sacrifié" la moitié de ma semaine de vacances en avril pour lui faire plaisir. Conclusion : je vais être loin de ma fille pendant 4 jours, et SURTOUT je vais monter à bord d'un putain de cercueil volant. Je dois être maso.

Voici des extraits de la bouillie qui tourne en boucle dans mon cerveau :

 

-On va se crasher

-L'avion va exploser

-Un incendie va se déclarer et tout va péter, on va piquer du nez

-Les pilotes vont faire des erreurs de pilotage, comme lors du Rio-Paris de 2009 et on va plonger droit sur les Alpes

-Le pilote sera un copycat de Andreas Lubitz

-Un passager va se lever, brandir sa Kalach et s'exclamer que l'avion est maintenant sous contrôle

-Ma fille va se retrouver orpheline de mère à 2 ans

-B. ne va jamais tenir le coup sans moi

-On a autant de chances de se crasher en avion que de gagner au Loto

-Il n'y a eu aucun crash en 2017 ; il faut bien que les accidents (re)commencent un jour

-Souviens-toi du deuxième couplet de la chanson "Ironic" d'Alanis Morrissette

-C'est cool, si je meurs d'un accident d'avion au moins je ne mourrai pas d'un cancer

-Ma mère mourra avec moi, comme ça je ne flipperai plus de savoir comment et quand elle va mourir

-J'ai pas eu le temps de payer mes obsèques

-J'ai oublié de dire à B. qu'il ne laisse pas mon père et sa famille s'approcher de notre fille

-Qu'est ce qu'il va faire des chats ? De l'appartement de ma mère ?

-Arrête d'imaginer les photos que tu vas prendre / les mots que tu vas poster sur Facebook pour dire que tu es toujours vivante, sinon ça va te porter malheur et tu vas vraiment mourir

-Je vais mourir alors que mon abonnement à la salle de sport vient de démarrer

-J'aurai jamais le temps de me refaire un GTA Vice City complet avant de mourir

-J'ai signé mon arrêt de mort en appuyant sur "valider"

-Le 8 avril c'est la Sainte Julie

-SANS COMPTER LES TERRORISTES :-S

-Est ce que je laisse un mot à B. sous son oreiller en lui expliquant où se trouvent les photos de sms que son ex lui a envoyés, et de les envoyer à leur fille pour qu'elle voie qu'elle est manipulée, et que j'espère qu'il me pardonnera d'avoir fait ça ?

-Mais qu'est ce qui m'a pris de vouloir partir en vacances SANS MA FILLE ???

-C'était écrit ; c'est l'heure que je parte mais ma fille, ce n'est pas son heure. C'est pour ça que ma mère a eu cette idée de voyage à ce moment-là précis

-J'ai toujours su que ma mère me tuerait un jour

-Comment ils font, mes amis Sandra et Paul pour partir aux quatre coins du globe sans se poser de question ???

 

Bref, je suis persuadée de conjurer le sort avec des pensées (ou pas). C'est horrible je vais jamais tenir 3 mois comme ça. J'ai envie de pleurer ; je ne peux plus annuler maintenant, c'est trop tard. J'aimerais tellement être comme tout le monde, me dire que Rome c'est magnifique, que j'ai de la chance, que je vais en prendre plein les yeux... Mais non, cette putain de peur décuplée par tout ce qui se passe en ce moment me paralyse complètement. Ils ont beau dire "l'avion est le moyen de transport le plus sûr, blablabla..." je suis désolée, t'es à 40 000 pieds d'altitude dans un machin qui fait plusieurs tonnes et tu ne contrôles rien du tout. Ta vie est entre les mains du pilote. T'as juste à prier pour atterrir vivant sur le plancher des vaches.

 

BREF on est bien d'accord qu'il faut que je fasse quelque chose sous peine de finir par claquer d'une crise cardiaque avant même de monter dans le tombeau volant. Ma mère m'a donné les coordonnées de quelqu'un ; j'ai déjà vu plusieurs magnétiseurs pour le stress (en général) et ça n'avait rien donné, mais là franchement je suis prête à n'importe quoi pour cesser de me faire les pires films, même de bouffer des asperges. Je ne me vois pas aller voir mon médecin et lui expliquer qu'il me reste 3 mois à vivre, je vais avoir l'air con.

 

J'avais de toute façon envisagé depuis longtemps de voir quelqu'un pour ma putain d'émétophobie qui m'empoisonne la vie ; Zofia m'avait donné envie de tester la thérapie EMDR et j'avais commencé à regarder les praticiens de ma région qui font cette méthode.

La personne que je vais aller voir ne fait pas l'EMDR, mais c'est une hypnothérapeute. Le rendez-vous est pris pour le 8 mars et je vous avoue que je suis vraiment flippée....

 

Au téléphone elle a commencé à me demander, pour préparer le terrain, comment m'était venue ma peur de l'avion, puis m'a demandé si j'avais eu des événements traumatiques dans ma vie. Bien évidemment, il va falloir que je lui parle de l'alcoolisme de ma mère et des humiliations de mon père... Putain, je vais encore me transformer en paquet de morve ambulant ; dès que je parle de mes parents à un inconnu je me mets à pleurer comme une madeleine. Elle va me foutre à poil avec ses yeux et ses paroles ; ça me fait peur. J'ai également peur de ce que fait l'hypose ; j'ai peur de me sentir partir, de ne rien contrôler et de paniquer pour sortir de l' "état" dans lequel je vais être. Lâcher prise, je ne sais pas faire. J'ai également peur de vomir si elle "fait sortir" quelque chose de moi (coucou l'émétophobie.....)

 

BREF (ter) je crois que je flippe autant de voir l'hypnothérapeute que de monter dans l'avion en fait. Je ne manquerai pas de vous raconter comment cela s'est passé :-)

Posté par Dawn Girl à 07:58 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
15 janvier 2018

Premier déjeuner avec la belle-famille, check

J'avais fait une tarte au citron meringuée et un moelleux chocolat-framboise, histoire de marquer des points. En effet, Madame B. ne cuisine pas. Comme elle a également une sale gueule, je l'ai battue à deux niveaux : mon superbe physique de rêve et ma cuisine. Na.

 J'étais stressée (comme d'hab vous me direz) : B. ne s'entend pas vraiment avec ses frères ; du coup même si on est ensemble depuis un bout de temps maintenant, je n'avais vu ses frères et ses belles-soeurs qu'une seule fois, à l'enterrement de sa mère. Je me suis posé  des questions existentielles du style "Dois-je leur serrer la main ou leur faire la bise ?" "Vont-ils trouver que j'ai l'air fatiguée, que j'ai un gros cul ?" "Vont-ils se dire que quand même, notre fille est vachement plus belle que les deux grands ?" "Et ma crème au citron, va-t-elle être liquide ?"

 Au départ ça a mal commencé : à peine arrivée, l'une de ses belles-soeurs a commencé à nous dire d'un ton pas sympa : "Je vais vous poser une question, je voudrais pas être désagréable mais vous fumez à l'intérieur ??"

Alors déjà on ne fume pas, on VAPOTE. Je lui ai expliqué que ce n'était pas du tabac, et que la VAPEUR ce n'est pas comme la FUMEE, ça ne reste pas dans la pièce. Mais elle a répliqué : "Oui mais ça fait des produits dans l'air quand même". Bref ça m'a sincèrement gonflée qu'elle se permette d'interdire quelque chose alors qu'on n'était pas chez elle :-S Perso ma mère s'est allumée plusieurs clopes chez mon oncle et ma tante à Noël ; ma fille était à côté et ça m'a embêtée, mais je ne suis pas permis de dire quoi que ce soit, vu que je n'étais pas chez moi. Je dois être trop bien élevée.

 Bref après elle s'est détendue (heureusement car honnêtement vu l'entrée en matière je ne l'aurais probablement pas calculée de la journée). L'autre frère de B. et sa femme étaient complètement différents, beaucoup plus naturels et accessibles.

 Vers le milieu de l'après-midi, l'une des nièces de B. est arrivée avec son copain ; elle a dit bonjour à tout le monde sauf à B. et moi :-( Même son copain est venu vers nous... Voilà voilà... 

Bon après je n'ai pas regretté car c'est le genre de fille qui a un balai dans le cul et qui lèche le derrière de son grand-père, ses mains autour de sa tasse de thé : "Ah oui bon-papa, tout à fait bon-papa, vous avez raison bon-papa"... Elle doit jamais péter, elle.

En résumé : j'ai discuté avec tout le monde pour être polie et sociable ; il en est ressorti qu'il y a une belle-soeur sympa et une autre... un peu spéciale ; la plus grande des nièces est malpolie et coincée du cul. Il y a des personnes dont je me méfierai à l'avenir. Mais de toute façon ils sont tellement différents de B. qu'il est évident qu'on ne les côtoiera jamais de plus près ; on ne doit pas être assez bien pour eux...

Posté par Dawn Girl à 11:39 - - Commentaires [3] - Permalien [#]