Deuxième reprise catastrophique ! (et comme on dit : jamais deux sans trois haha)
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Allez, encore une casserole professionnelle de plus à mon actif 😂. Décidément, je vais finir par penser que ma cousine avait raison quand elle se moquait gentiment de moi en me disant que jamais je ne trouverais une entreprise safe, où il n'y ait pas soit un patron tyran, soit une collègue cinglée harceleuse, soit (comme cela a été le cas en juillet + lors de l'expérience que je vais vous raconter), une atmosphère malsaine qui m'a donné envie de fuir dès le premier jour.
Previously dans le CV folklorique de Dawn Girl : l'EHPAD où j'ai même pas fini ma journée tellement c'était une ribambelle de red flags à peine passé le seuil de la résidence (cf mon article du 16 juillet dernier). Aujourd'hui pour vous chers followers : l'hôpital peuplé d'une armée de vieilles femmes mauvaises comme des teignes.
Alors je ne vais pas entrer dans les détails pour ne pas me faire cramer, mais je dirai juste que j'ai été embauchée dans un hôpital au sein d'un service précis. Pas de médecins ni d'infirmières, pas d'aide soignantes, pas même de patients ; on était juste une douzaine d'agents + notre responsable, et on devait gérer le matériel utilisé au sein des blocs opératoires. J'avais prévenu que je débutais complètement dans le métier ; j'avais déjà exercé des fonctions similaires dans plusieurs cabinets dentaires, mais en gros ça revient à comparer une chapelle de quartier avec Notre Dame de Paris, voyez ? Certaines notions sont communes mais le cadre est différent ; il y a plus de monde, plus de machines, infiniment plus de choses à apprendre. D'ailleurs on me l'a dit lors de ma première journée : il faut environ une année pour tout connaître et être vraiment à l'aise. Bon.
Ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'on me demande de faire une tâche technique et méticuleuse... Je devais emballer du matériel avec un protocole précis, d'une certaine manière etc. Hyper simple pour une personne normale, sauf que moi, je suis dyspraxique et TDAH. Je ne le dis jamais lors de mes entretiens d'embauche (et je parle encore moins de mon autisme), puisque vu qu'on est déjà 10 000 à postuler pour un poste de merde payé au SMIC, je ne vais pas me tirer une balle dans le pied en disant que je suis incapable de faire certaines choses hyper simples, genre à tout hasard, plier et emballer des trucs.
Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est que je ne PEUX pas. C'est très difficile à expliquer mais mon cerveau n'est pas câblé pour ça. Dans mon armoire, mes vêtements sont roulés en boule parce que je ne sais pas les plier. J'ai essayé d'apprendre mais il faudrait que je m'entraîne dix ans pour retenir comment on fait. Si on me montre une fois, deux fois ou même cent fois, l'information fuite comme si ma tête était un gruyère. C'est trop abstrait. J'ai besoin de comprendre comment tout fonctionne dans les moindres détails pour réussir à mettre les choses en pratique. Si tu me montres comment emballer, j'ai besoin de voir où tu places tes doigts, où tu mets ton pli, pourquoi tu tires sur tel côté, et ceci autant de fois que nécessaire. J'ai besoin de m'entraîner, de rater, qu'on me dise que c'est pas grave, que je vais y arriver, qu'on va me donner des astuces pour réussir. Le pire qui peut m'arriver, c'est qu'on ricane, qu'on m'ignore et qu'on me fasse sentir que vraiment, je suis complètement débile de ne pas réussir à piger en deux secondes un truc aussi facile que tartiner du pain ou se torcher le cul.
C'est malheureusement ce qui est arrivé dans cet hôpital : les deux premières heures, les deux filles avec qui je bossais (assez âgées, elles devaient travailler là depuis au moins vingt ans) ont été sympa avec moi. Après, elles ont arrêté. L'équipe de l'après-midi était elle aussi composée d'anciennes ; l'une a été hyper gentille avec moi quand elle a vu que je galérais, mais elle ne l'a été qu'une seule fois ; après elle ne m'a plus jamais adressé la parole. L'ambiance était pesante ; je voyais tout le monde s'activer comme dans une fourmilière, j'étais mal à l'aise et du coup j'étais bloquée. Le soir je pleurais en partant (en plus j'étais hyper fatiguée car je bossais de 10h30 à 20h et que je venais en transports en commun donc grosse journée +++) ; le matin je pleurais, j'avais la boule au ventre à l'idée d'y aller. J'ai écumé tout Youtube, Dailymotion et compagnie pour trouver une méthode de pliage avec toutes les étapes décortiquées une à une ; je voulais tellement y arriver. Je me suis entraînée sur du sopalin et avec des feuilles de papier devant la télé ; j'ai mis B. à contribution. Je regardais encore et encore des tutos mais ça allait toujours trop vite même en faisant des arrêts sur image.
Je n'avais plus le temps d'aller à la salle de sport et je ne voyais pas quand j'allais y retourner en bossant 39 heures par semaine... Les journées off n'existaient pas ; le taff c'était 5 jours sur 7 genre ta vie tourne autour de ton boulot (tout ce que je déteste). Plus la semaine passait, plus mes collègues devenaient froides alors que j'essayais vraiment d'y mettre de la bonne volonté. J'ai fini par me fermer.
Le mardi, j'ai failli pleurer dans le bureau de ma responsable qui a été bienveillante avec moi. Elle m'a dit qu'elle croyait en moi (mdr quelle hypocrite). Je lui ai expliqué que j'aurais aimé qu'on me dise dès le début que je ne ferais que de l'emballage, au moins les choses auraient été claires et on ne m'aurait pas reproché de vouloir faire tel ou tel autre truc (je pensais qu'il fallait montrer ma motivation MAIS BON). D'ailleurs le lendemain, une collègue m'a dit que mon arrivée avait « manqué de cadre », donc bon j'avais pas tort visiblement.
Ensuite, j'ai appris deux choses : d'une part, que la semaine de RTT toutes les 14 semaines dont bénéficie chaque salarié et qui m'avait été vendue par la responsable, était uniquement réservée aux personnes en CDI... Et les personnes en CDI, c'est les vieilles qui sont là depuis 20 ou 30 ans... Les jeunes, eux, doivent trimer des années avant d'obtenir le fameux sésame. Donc la semaine de RTT, fuckoff. Ce qui m'amène à la deuxième chose : j'ai bossé avec une jeune qui ne fait que des CDD depuis 1 an (pas enchaînés directement les uns aux autres pour rester dans la légalité, voyez) ; je l'ai vue bosser et elle bosse très bien... sauf que d'après la responsable elle rigole trop avec les autres et ne prend pas d'initiatives (or elle en prend, elle est toujours active, je l'ai vu de mes propres yeux). Mais bref la chef a décidé qu'elle ne prenait pas d'initiatives donc elle lui agite le CDI sous le nez comme une carotte et elle lui dit non avant de lui dire oui, et puis bon finalement elle sait pas trop. Bref le truc ultra cringe qui a déjà allumé une alerte dans ma tête.
Par ailleurs, le bureau de la responsable est quasiment toujours ouvert... et la salle de pause est située juste à côté. Elle entend absolument tout ce que disent les agents... D'ailleurs le dernier jour elle m'a dit qu'elle m'avait entendue me confier à une collègue sur le mal-être que je ressentais en voyant arriver l'équipe de l'après-midi dans la pièce. Magnifique.
Les deux derniers jours, je n'ai plus demandé d'aide. On m'avait laissée à l'emballage pour que je le maîtrise bien avant de passer à autre chose, mais on ne vérifiait jamais ce que je faisais donc j'ai fini par me dire : « ok bah écoutez, moi je fais du mieux que je peux ; si mes boîtes explosent j'en ai plus rien à foutre, je suis censée être en formation donc ce n'est pas moi qui serai tenue pour responsable s'il y a un problème. Allez donc vous faire cuire le cul». Autre chose à signaler quand même : j'avais vachement progressé. Certes je n'allais pas vite et je devais parfois recommencer mon emballage, mais comparé au lundi il n'y avait pas photo. Et pour une personne dyspraxique c'est quand même pas rien. Du coup même si j'avais toujours la boule au ventre et que je restais malheureuse dans cet environnement que je sentais toxique sans parvenir à mettre des mots dessus (le fait d'avoir été élevée par des parents narcissiques m'a donné cette capacité à sentir l'énergie dans une pièce rien que quand j'y entre. Mais je n'en parle jamais sinon on me prend pour une illuminée), bref malgré tout ça, je ne pleurais plus. Mais j'étais épuisée physiquement et moralement. J'avais envie de partir mais j'avais quand même besoin d'un salaire ; j'avais déjà vécu un échec au mois de juillet et je n'en voulais pas un autre encore, et puis je dois bien avouer que je n'avais pas le courage de prendre mes ovaires et de les poser sur le bureau de la responsable en lui disant : « Bon écoute Samantha, je ne suis pas heureuse ici, ça le fait pas, les gens sont froids comme des glaçons, je pars, à tchao bonsoir ». Je voulais les quitter avant qu'ils ne me quittent mais je manquais de cran pour le faire.
Bref le vendredi cinquième jour de calvaire, je m'étais levée à 5h15 car je commençais à 7 heures (et j'avais fini à 20 heures la veille). Je me suis retrouvée à un poste que je ne connaissais pas (j'avais été d'après-midi toute la semaine). Mes deux collègues se sont activées sans me dire quoi faire ou m'expliquer ce qu'elles faisaient, j'étais plantée là à ne pas savoir quoi faire de mes mains ; franchement c'est humiliant je ne souhaite ça à personne. Je pressentais déjà ce qu'on allait me reprocher : « t'es bloquée, tu ne prends pas d'initiatives ». Mais il se trouve que j'ai besoin d'être à l'aise pour prendre des initiatives, et là clairement on me faisait comprendre que je n'avais pas ma place ici. Donc bah, pas d'initiatives...
BREF je vous passe le détail de la matinée on s'en branle en fait, juste je trouvais que mes emballages, même imparfaits, devenaient jolis. Rien à voir avec les premiers jours. J'avais progressé à mon rythme mais j'avais progressé quand même. La pause a été un cauchemar ; mes collègues parlaient de leurs brushings, de leurs travaux de maison, du collier fantaisie que Machine a acheté à sa fille au Manège à Bijoux, sérieux on s'en BRANLE tellement, et les autres là qui l'écoutaient et relançaient la conversation comme si elles écoutaient Shéhérazade racontant les Mille et une Nuits. Petite parenthèse j'ai jamais compris le principe du small talk : quand j'essaye de participer à la conversation au mieux on me répond « hum hum » avec un haussement de sourcils condescendant ; au pire on m'ignore ; alors que Magali quand elle dit que son mec est malade, tout le monde prend un air emprunté et ouvre grand les yeux en s'exclamant : « AH BON IL A LE COVID SERIEUX ???? », comme si c'était une nouvelle de la plus haute importance. Jamais compris comment ça marche ce truc.
Fin de la parenthèse.
Nous arrivons donc au vendredi midi ; Samantha passe une tête dans la pièce et dit à la cantonade : « Je vais vous voir une par une dans mon bureau, qui commence ? » Nadine se dévoue. Vingt minutes passent, puis Nadine revient et me lance sans aucune chaleur : « Dawn Girl, faut que t'ailles dans le bureau de Samantha ».
J'étais en train de faire un emballage donc j'ai pris le temps de le terminer avant d'y aller ; hors de question de me précipiter comme un chien pour aller chercher mon coup de bâton. Je n'attendais qu'une chose : que l'une de mes collègues me fasse une remarque sur ma non-réactivité afin de l'envoyer chier copieusement, mais non personne n'a rien dit. Personne ne disait jamais rien en ma présence de toute façon. J'ai donc fini l'emballage, déposé ma boîte sur le chariot et j'y suis allée sans me presser.
Quand je suis entrée dans le bureau, il y avait la pharmacienne qui se tenait debout contre le mur telle une videuse de boîte de nuit. J'ai eu envie de lui demander ce qu'elle foutait là mais j'ai gardé ça pour moi. Pareil la porte est restée ouverte tout le long de l'entretien, ainsi toutes les pétasses du coin ont pu entendre notre échange, normal... Un magnifique sens de la confidentialité en plus de tout le reste. Bref donc Samantha a commencé par un : « Bon, je voulais faire un point sur ta semaine ici, et bon... c'est compliqué ».
J'ai confirmé. Elle m'a dit que ça n'allait pas assez vite, que normalement en trois jours on fait des emballages nickel alors que moi au bout d'une semaine c'était pas encore ça, qu'elle avait besoin de quelqu'un qui soit opérationnel tout de suite, que plusieurs collègues étaient venues m'expliquer les sachets, les machins, et que je n'arrivais pas à assimiler les choses, que je ne prenais pas d'initiatives et que je ne voyais pas quand il y avait des choses à faire (tiens donc je l'avais sentie celle-là).
J'ai répondu que j'avais besoin d'un temps d'observation, que je prenais des initiatives une fois que je me sentais à l'aise quelque part et que là, bah c'était pas le cas (et je regrette de ne pas avoir ajouté que rien n'avait été fait pour que je sois confortable, bien au contraire). Que l'environnement ne me convenait pas, qu'il y avait trop de monde, trop de bruit et une incompatibilité évidente entre moi et l'équipe. Que je savais très bien qu'elle allait me dire qu'on s'arrêtait là mais que de toute manière je voulais partir, donc c'était un soulagement pour moi de ne pas continuer. Et que si les autres arrivaient à tout faire en deux jours tant mieux pour eux, moi ce n'était pas le cas et c'est pas grave en fait.
Elle m'a informée que plusieurs collègues étaient venues la voir à mon sujet : « j'en ai vu une, puis deux, puis trois... » J'ai bondi : « donc elles viennent se plaindre à toi mais elle ne me disent rien à moi ? ». L'enfer.
En plus elles ont dit des choses fausses, comme par exemple que je n'étais pas réactive pour vider les machines, et autant je peux entendre certaines critiques, autant le coup des machines c'est faux : dès que ça bipait j'étais la première à me lever pour y aller, puisque c'était la seule chose qu'on me laissait faire en-dehors des emballages. Bref des mensonges, de l'hypocrisie, de la grosse merde. Et tout ça en seulement 5 petits jours.
Comme d'habitude j'ai parlé trop vite, trop fort, je suis partie dans tous les sens et les autres connasses ont bien dû profiter du spectacle avec leur porte entrouverte, mais tant pis j'ai dit ce que j'avais à dire. Alors oui j'aurais pu expliquer que mes difficultés relationnelles et dans les tâches manuelles n'étaient pas de ma faute, que je suis neurodivergente, que mon cerveau est juste câblé différemment mais franchement j'avais aucune envie de faire un coming out, ça n'aurait rien changé et de toute manière on ne me croit jamais quand je dis que je suis autiste. Puis je n'avais pas envie de jouer les victimes ; au contraire je voulais être active dans la démarche de partir et ne pas me laisser virer avant d'avoir donné la première impulsion. Samantha a eu l'hypocrisie de me dire que j'avais « quand même bien fait certaines choses », qu'elle allait transmettre mon dossier à d'autres services de l'hôpital car je pouvais très bien brancarder ou nettoyer des endoscopes ; MDR j'écoutais même plus ce qu'elle disait, j'avais décroché, je savais très bien qu'elle mentait. Une personne que tu gardes pas, tu ne la recommandes pas à tes collègues, tu mets son CV à la poubelle. C'est juste du bon sens et c'est vraiment me prendre pour une conne que de prétendre le contraire. Mais je ne l'ai pas contredite, dans ma tête j'étais déjà partie. J'ai conclu en disant que cet échec n'enlevait rien à ma valeur, ni à tout ce que je sais faire.
Fin de l'entretien à 12h50 ; je finissais le boulot à 13h30. Il était hors de question que je retourne auprès de mes collègues ; je comprenais à présent pourquoi elles avaient été distantes comme jamais ce matin : elles savaient déjà. Puis leur dire au revoir comme si de rien n'était, vous imaginez la gêne ? Plutôt mourir. Donc j'ai montré du doigt la salle et j'ai dit à Samantha :
« Euh par contre, je suis pas obligée d'y retourner ? »
« Non, t'es pas obligée. Je te fais cadeau de la dernière demi-heure ».
Sa seigneurie est trop bonne. Je leur ai dit bonne continuation à elle et à la physionomiste de boîte de nuit et j'ai filé au vestiaire en priant pour que mes ex-collègues aient la décence de ne pas venir avant que je sois partie. J'ai balancé les Crocs dans le panier, jeté ma tenue dans le panier à linge, mis ma charlotte à la poubelle, récupéré mon cadenas, mon sac à main et ma dignité, j'ai posé la main sur la poignée... et j'ai entendu la voix d'une collègue à quelques mètres de là. J'ai fulminé intérieurement : « Non mais elles sont SERIEUSES là ? » J'ai attendu un peu, puis j'ai fini par sortir par une porte dérobée qui donnait sur un parking en travaux ; ce n'était pas du tout mon chemin mais je ne voulais pas prendre le risque de croiser qui que ce soit.
Le bouquet final a quand même été la carte de parking : normalement j'étais censée sortir ma voiture en la faisant passer devant le lecteur afin de ne pas payer comme c'est le cas pour toutes les personnes qui travaillent à l'hôpital. C'était la première fois que je l'utilisais car les jours précédents, j'étais venue en transports en commun. Et bien quand j'ai voulu passer la carte, elle n'était pas activée... J'ai dû payer 2 euros... Voilà voilà, des champions du monde encore.
Alors je pourrais remettre toute ma vie en question, me dire que je suis lassée des expériences négatives, que je ne trouverai jamais d'emploi stable. C'est peut-être le cas. Peut-être que ma neuroatypie n'est pas adaptée au monde de l'entreprise. Mais là, objectivement, l'atmosphère était à chier, vraiment. J'ai quitté un environnement toxique et il ne faut surtout pas que je le regrette, même si oui, c'est un échec, une fois encore. Mais bon... C'est qu'un travail en fait. Je suis en bonne santé, j'ai un toit sur la tête, un homme qui m'aime, une fille merveilleuse. Et tout le reste... Bah c'est qu'un travail. 🤷♀️
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