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C'est ma cousine qui m'a recommandé ce livre, en me déclarant, très enthousiaste : "C'est l'un des meilleurs livres que j'ai jamais lu, voire le meilleur".

Forte de ce conseil et de mon voyage manqué en Italie (l'histoire se passe là-bas), je l'ai donc acheté. Le livre est bon, mais de là à s'emballer, peut-être pas quand même... ^^

Au tout début du roman, la narratrice, Elena, reçoit un appel de Rino, le fils de Lila, son amie d'enfance. Il s'inquiète (et pleurniche façon rital ; je parle en connaissance de cause puisque mon arrière grand père était Italien et l'ex de ma tante était italo-espagnol). En effet, Lila a disparu depuis quinze jours, ne laissant aucune affaire derrière elle. Elena semble agacée de l'appel de Rino ; à travers ses mots on a l'impression qu'elle voit Rino comme un boulet qui ne sait pas se passer de sa maman. D'autre part, elle révèle que Lila souhaitait disparaître depuis très longtemps de la surface de la Terre (pas dans le sens "se suicider" mais plutôt dans le sens "se volatiliser"); cette absence ne l'inquiète donc pas le moins du monde. On sent même une pointe d'admiration.

L'admiration, c'est pour moi le maître-mot de ce livre : Elena admire Lila. On revit à travers son récit le début de leur amitié, leur enfance puis leur adolescence jusqu'au mariage de Lila. 

Lila (que tout le monde appelle Lina, sauf la narratrice. C'est bien dommage parce que j'adore le prénom Lina et que je n'aime pas Lila, qui pour moi est un mot pas fini. Ou à la rigueur une barre chocolatée de mon enfance. Fin de la digression). BREF Lila donc, est une petite fille sauvage. Je n'ai eu aucun mal à me la représenter physiquement. Au début de l'histoire, Lila balance des bouts de papier imbibés d'encre sur ses camarades de classe, jette des pierres sur la bande de caïds de la campagne, elle est effrontée et n'a peur de rien. Elle se retrouve à jouer avec sa poupée dans la même cour que Elena. Elles communiquent sans s'adresser la parole ; elles jouent ensemble, mais séparément. Un jour, elles finissent par échanger leurs poupées, et par défi Lila balance celle d'Elena dans un soupirail menant aux caves ; Elena lui rend la pareille. Cet épisode marque le commencement de leur amitié ; elles s'aventurent dans la cave mais ne retrouveront jamais leurs poupées, enlevées selon Lila par le terrible Don Achille, un habitant du quartier qui fait peur à tout le monde et surtout à ces deux petites filles.

Il s'avère que Lila, au-delà de son attitude rebelle, est surdouée. Elle est, pour employer cette expression à la mode aujourd'hui (et qui m'insupporte) : Haut Potentiel. Elle sait lire avant tout le monde, elle est capable de faire de tête des calculs compliqués ; elle participe même à des compétitions au sein de l'école. Et elle gagne toujours. Elle dévore avec passion des livres de latin et de grec ; elle se cultive dans son coin et semble avide de connaissances.

J'ai beaucoup aimé la première partie du livre sur l'enfance de Elena et Lila. J'avais l'impression de visualiser ce quartier populaire de Naples alors que je n'ai jamais mis les pieds en Italie. Je voyais les vieilles maisons avec les fenêtres ouvertes et le linge suspendu ; je pouvais presque sentir l'odeur émanant de la cave par le soupirail. De même, la description de la cage d'escalier de Don Achille, cette appréhension de petite fille en grimpant vers le danger était tout à fait parlante. La personnalité de Lila, son intelligence, les concours entre élèves à l'école ; l'émulation avec Elena qui elle, a eu la chance de poursuivre ses études ; leurs conversations lyriques, presque philosophiques, comme pour se tirer intellectuellement vers le haut, tout cela était vraiment sympathique à lire.

En revanche, la seconde partie sur l'adolescence a été beaucoup moins plaisante, et à la fin carrément lassante. Lila passe au second plan ; elle arrête l'école et travaille dans la cordonnerie de son père. Seul "vestige" de son intelligence : le talent avec lequel elle dessine ses modèles de chaussures (ses oeuvres finiront d'ailleurs par être encadrées dans l'atelier). Elena (re)devient le personnage principal ; ce qui est logique me direz-vous étant donné que Elena est la narratrice.

(ATTENTION CE PARAGRAPHE CONTIENT DES REVELATIONS SUR LE LIVRE) Oui mais. Elena paraît bien fade à côté de Lila. Elle est effacée, rêveuse, suiveuse. Elle étudie. Elle part en vacances et rêvasse. Elle cherche sans cesse à obtenir l'attention de Lila ; elle est presque jalouse quand celle-ci lui parle de la façon dont elle fabrique des chaussures. Elle va au collège, puis au lycée, elle a des bonnes notes. Il y a beaucoup de personnages, beaucoup de voisins et de copains du quartier ; entre Antonio, Alfonso, Stefano, Enzo et Trucmucho on s'y perd ; j'ai fini par ne voir que des grands bruns partout, sans réellement les visualiser individuellement ni me rappeler qui est le frère de qui ; qui est l'épicier ou le mécano du coin. Seul intérêt : les deux frères Solara qui mettaient un peu de piment. Vers la fin, Elena finit par se lâcher un peu et branle Antonio au bord de l'étang. Pendant ce temps, Lila se fiance. Elle se transforme en princesse, elle qui était plutôt décrite comme ingrate physiquement. Son fiancé est riche, possède une voiture ; elle se pavane avec ses beaux vêtements et son magnifique maillot de bains deux pièces. Elle fait comprendre à Elena qu'elle n'aura plus de souci d'argent (ah, elle lui dit quand même que son amitié vaut de l'or, whaou). Elle qui était si brillante perd tout son éclat. A présent elle s'en fout des livres, elle veut juste se consacrer à sa future vie de femme mariée. C'est à peu près aussi excitant que les branlettes de Elena sur Antonio au bord de l'étang. Bref, tout comme nous perdons notre candeur et notre spontanéité en devenant adulte, le personnage de Lila devient plus lisse et moins intéressant à mesure que le récit avance. Je ne sais pas si c'est le lot commun des femmes italiennes des quartiers populaires de l'époque, une fois qu'elles trouvaient un mari (le roman est apparemment inspiré de faits réels), mais j'ai trouvé cette partie vraiment décevante et longue à lire. Bien entendu ce n'est pas mieux du côté d'Elena, qui passe de fadasse à... fadasse ; tous les mecs lui courent après comme si elle était la seule fille du lycée ; elle n'a pourtant pas le charisme qui justifierait une telle popularité. (FIN DES REVELATIONS)

Ce livre a une suite ; je suis allée sur internet lire le résumé du tome 2 : en gros Lila (qui oeuvre pour tomber enceinte d'un fils, quelle occupation passionnante...) se rend compte que son mari fricotte avec la Camorra. Je ne sais vraiment pas si je vais me laisser tenter, car il est évident que l'histoire prend une toute autre tournure...Évidemment, si je ne lis pas la suite je ne saurai jamais pourquoi Lila a disparu ; or j'aimerais bien savoir. Les critiques sont élogieuses, même du côté de Telerama qui pourtant, n'aime que les trucs chiants comme la pluie. La plupart des commentaires évoquent une magnifique description de l'Italie de l'époque, de la condition féminine dans ce pays. Ce qui me fait hésiter, c'est que j'aurais aimé rester dans la relation de Lila et d'Elena sans partir dans des considérations sociales et politiques. Bref, j'ai bien aimé ce livre, mais pas de quoi le qualifier de "meilleur livre que j'ai jamais lu" comme me l'avait décrit ma cousine.